Vu de France, aïe aïe aïe! (1)

Bon, un blogueur, ce n’est qu’un blogueur. Je suis bien placé pour le savoir. Mais il en est même qui sont lus. Et à ce titre, les clichés qu’ils véhiculent, les interprétations douteuses, les approximations et les jugements à l’emporte-pièce peuvent causer des dégâts. Alors ce que j’ai lu ce jour m’a hérissé le poil.
Les titres d’abord. Le premier évoque de “pauvres vins et des problèmes de riches”, le second commence par “Les Suisses ne feraient-ils pas mieux de ne faire que du chocolat ?” Le ton est donné.
La phrase d’accroche du premier chapitre, c’est du lourd: “Si si, les Suisses font du vin! Même du bon, parfois (mais pas trop souvent quand même).” La suite aussi, d’ailleurs. Parfois, le doigt est mis sur un problème. La campagne de promotion des vins  suisses, par exemple, qui renforce un cliché. “Les instances régionales et nationales tentent de communiquer, de rétablir la viticulture comme l’un des “savoir-faire” suisses, aux côtés des montres, chocolats et autres banques. On essaie aussi de faire meilleur : l’école d’oenologie de Changins, en Suisse, est précurseuse d’un investissement dans une production plus qualitative aux accents technologiques marqués : invention de nouveaux cépages, diffusion des techniques oenologiques modernes, etc.”
On en vient ensuite à l’absence de mécanisation. Là encore, une rafale de kalachnikov règle le problème: “La Suisse évacue ce dernier point à grands coups de désherbants en étant l’un des vignobles les moins bios d’Europe. Mais pour la vendange, ils sont obligés de faire à la main, et pour les traitements… à l’hélicoptère!”Pas un mot évidemment de la production intégrée très très largement adoptée par nos vignerons. Rien à voir avec ce qui se passe dans d’autres vignobles voisins, en France en particulier. Mais passons!
Le second chapitre traite des vins. De ceux qui le blogueur a pu déguster, bien évidemment. Des crus de grandes maisons, pas de trace des vins de nos artisans, bien entendu. Mais largement assez pour assassiner toute la production nationale. L’auteur parle d’une dégustation marathon de 3 jours. Visiblement, l’endurance ne devait pas être son point fort. Car lorsqu’on veut jouer les “faiseurs d’opinion”, il faut au moins prendre le temps de découvrir, et pas seulement de survoler.
Evidemment, on ne demandera pas à ce monsieur de “comprendre” un chasselas. Il règle d’ailleurs leur cas assez rapidement.  “A la fois lourds et perlants. Pour être hônnete, sur la vingtaine de vins goûtés, aucun ne m’a semblé intéressant, que ce soit ceux du négoce, des caves coopératives du Valais, ni même ceux plus travaillés et plus ambitieux d’un bon domaine particulier du Lavaux (la maison Bovard).” 
Après avoir dégusté des rouges de base, le voilà traitant de l’Humagne ou du Cornalin. Un petit espoir, mais de courte durée. Pas de tannins qui rudoient, pas de buvard en bouche, c’est évidemment rédhibitoire lorsqu’on a un palais habitué à la virilité hexagonale.  “On peut trouver dans ces vins un peu plus de profondeur que dans les gamays, gamarets ou autres pinots produits en général pour la consommation de masse. A la maison Varone ainsi qu’au domaine Jr (sic) Germanier, tous deux du Valais, nous avons pu goûter quelques vins vraiment dignes d’intérêt. Un élément revenait néanmoins de manière systématique : des bouches moelleuses, aux tannins extrêmement civilisés, arrondis, jamais accrocheurs. Des vins ronds, presque doux, mais très vite ennuyeux.”
Il faudra attendre la Petite Arvine pour avoir un léger motif de satisfaction: “Un cépage incroyable, qui donne des vins élégants, vifs, extrêmement iodés (certains diront minéraux) au nez, et magnifiquement salins en bouche. Des vins longs, passionants, évoluant dans le verre. Je recommande particulièrement celle du domaine Charles Bonvins, au nez expressif, sur les fruits jaunes, alors que la bouche s’étire sur la salinité caractéristique du cépage. Celle de chez Jr Germanier s’est montrée davantage opulente, mais toujours élégante ; celle de la cave de Provins plus mince, mais précise.” Un chapitre qu’il clôt par une pirouette étonnante, en vantant finalement les qualités d’une Arvine valdôtaine, la plus digne d’être aimée.
Arrêtons le massacre à ce stade de la lecture. Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur le mépris souverain de ce blogueur, il suffit de suivre ce lien.
Heureusement que j’ai eu à de nombreuses reprises l’occasion de déguster nos vin avec des connaisseurs ouverts à d’autres horizons. Je pense à Jacques Puisais, Michel Bettane et quelques autres qui ont eu l’occasion de dire tout le bien qu’ils pensaient de nos crus. Enfin, des meilleurs d’entre eux. Parce que tout cela me fait penser à l’article lu récemment, article qui relatait la “défaite” de “grands bordeaux” face aux vins chinois dans une dégustation à l’aveugle. D’ici à dire que la France ne fait que des vins de merde incapables de rivaliser avec les crus chinois, il y a un pas que je ne franchirai pas. Pour le reste, je continuerai à boire de nos vins qui, contrairement à ce qu’affirme notre dégustateur, ne sont pas “d’un niveau moyen inférieur” et surtout “beaucoup trop chers.” Je me fie davantage à la formule de Dominique Fornage, dégustateur reconnu au-delà de nos frontières, qui affirme que le Valais “a les vins de bas de gamme les plus chers du monde, mais les vins de haut de gamme les moins chers du monde.
PS. Si quelqu’un me trouve trois bouteilles différentes de bordeaux de grande qualité, à mois de 30 euros, je suis preneur. Haut-Brion, c’est bien bon. Mais à 1000 euros la bouteille, ça peut l’être.

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About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.

2 Responses to “Vu de France, aïe aïe aïe! (1)”

  1. Fred | 1 juin 2013 at 14 h 35 min #

    No Comment.. Les français sont trop hargneux pour comprendre. Fièrté nationale, coq, exception culturelle. Rien à ajouter. Juste des éternels donneurs de leçons qui feraient bien d’apprendre la modestie.

  2. Christophe Venetz | 3 juin 2013 at 22 h 12 min #

    Tiens, le lien à suivre pour continuer de s’instruire donne: LE BLOG DEMANDÉ N’EXISTE PAS. Y aurait-il de la censure dans l’air…?

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