Succès et inquiétudes

Les Caves Ouvertes valaisannes ont bouclé samedi soir sur un indéniable succès. Beaucoup de monde dans beaucoup de caves. De nombreux clients venus de l’extérieur du canton. Des clients qui méritent leur nom puisqu’ils se sont comportés en clients et non pas seulement en dégustateurs. Des affaires très intéressantes pour tous les producteurs que j’ai pu rencontrer. Lancées il y a six ans, ces caves ouvertes constituent donc une initiative gagnante qu’il suffit maintenant de faire vivre, de faire évoluer aussi, afin que le soufflet ne retombe pas.

Haut-de-gamme prisé
Au surlendemain de cette manifestation phare de la vitiviniculture valaisanne, il faut maintenant revenir au train-train quotidien. Comme me le disait l’autre jour un producteur, aux Caves Ouvertes, ce sont les produits de haut-de-gamme qui sont pris d’assaut. Dans les caves des meilleurs producteurs du canton, la clientèle sait que certains produits sont rares, qu’ils sont donc rapidement épuisés, et qu’il vaut mieux les acquérir peu après les mises en bouteilles. Mais la viticulture valaisanne n’est pas faite que de spécialités rares, élevées par de talentueux producteurs.
Lorsqu’on évoque des problèmes de stocks, le client lambda s’étonne. Dans la population, on peine à comprendre que l’on puisse avoir des problèmes de stocks excédentaires alors que l’on doit parfois supplier son producteur préféré pour obtenir son meilleur Cornalin ou sa délicieuse Petite Arvine. Et pourtant !

Stocks conséquents
Et pourtant, les stocks sont tels après la récolte (relativement) généreuse de 2011, que l’on s’agite dans beaucoup de caves, les plus grandes généralement, mais pas seulement. Certains appellent de leurs voeux une baisse des quotas de production. D’autres se contenteraient d’un déclassement généralisé d’une partie de la production en vins de 2e catégorie (des vins sans AOC, donc, et payés moins chers, tant par l’encaveur que par le client). Et d’autres encore ne veulent pas entendre parler, ni de l’une, ni de l’autre solution.
Mais pourquoi un tel remue-ménage ? Parce qu’il faut absolument donner aux grands acheteurs – les grandes surfaces comme Coop ou Denner, notamment – un signe fort que, cette année, la récolte ne sera pas excédentaire. Chaque acheteur n’a désormais qu’une crainte: acquérir aujourd’hui du vin dont le prix baissera dans quelques semaines. La concurrence est telle qu’on ne peut pas se permettre d’acheter plus cher que la concurrence qui a eu la patience d’attendre.

Une troisième voie
Déclassement ou baisse des quotas : les deux méthodes ont un défaut. Elles punissent unilatéralement les producteurs, qu’ils produisent un raisin de qualité ou une matière première médiocre. Une autre voie ne pourrait-elle pas être explorée par les acheteurs de vendanges, les plus concernés par le problème ? Ne faudrait-il pas profiter pour déclasser bien plus largement les vendanges de piètre qualité et conserver l’intégralité des raisins sains et mûrs, plutôt que de couper 10% ou 15% à chaque producteur ? Oui bien sûr, nous rétorque-t-on, mais cela demanderait beaucoup de travail de contrôle. Certes, mais le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? La maîtrise de la quantité, c’est bien, mais si elle s’accompagne d’une augmentation de la qualité, c’est à coup sûr beaucoup mieux. Et ce serait là une méthode pour qu’une fois de plus le mot crise puisse rimer avec chance.

About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.

One Response to “Succès et inquiétudes”

  1. Alfredo | 21 mai 2012 at 15 h 28 min #

    Il existe au moins deux manières de réguler la disponibilité des cuvées « haut-de-gamme ». La première, plus traditionnelle, consiste à contingenter le nombre de bouteilles que chaque client est à même d’acheter. Elle est pratiquée avec un certain succès par une cave de St-Pierre-de-Clages. La seconde, plus économique, fait adapter les prix des cuvées en fonction de leur demande. Cette méthode est en vigueur dans le reste du monde viticole.

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