Tous ensemble ou chacun pour soi

Mon dernier « papier » relevait, vite fait et façon 2e degré, le fait que les Vaudois s’inquiétaient de voir des vins valaisans et italiens, en plus des crus locaux, sur la carte proposée à la Fête cantonale des chanteurs. Pas de réaction sur ce blog, mais le cours résumé présenté sur mon profil facebook a suscité quelques commentaires. http://www.facebook.com/vetterpaul

Des commentaires qui, il faut bien l’avouer, me laissent dubitatif.

Ce qui paraît sûr, c’est que personne ne semble favorable à la présence des crus italiens. Presque une évidence, si l’on songe aux difficultés que rencontrent les vins suisses sur leur propre marché face à la concurrence étrangère. Une évidence, oui, mais qui peut tout de même surprendre puisque nombre d’acteurs de la filière se revendiquent très libéraux, économiquement et politiquement parlant. Même le patron des vins vaudois, Pierre Keller, qui s’insurge bien sûr contre le manque de « patriotisme » vitivinicole, fut candidat du parti radical, un parti en passe de fusionner avec les libéraux de son canton. On peut donc être libéral et protectionniste.

Pour le deuxième pan du problème, je suis moins sûr d’avoir compris les réactions. On veut bien collaborer sous la bannière de Swiss Wine, mais pas trop quand même. Les vins vaudois aux Vaudois, les crus valaisans aux Valaisans. Et la collaboration lorsqu’on sortira de chez nous, pour aller vendre nos vins welches aux Bourbines d’Outre Sarine (vu mon nom et mes origines, je ne peux pas être taxé de racisme primaire, alors j’en profite).

Pour la viticulture suisse, le problème réside dans la difficulté à définir le concurrent. En Valais, pour les vins valaisans, le concurrent, c’est le vin étranger. Dans le canton de Vaud, c’est déjà un peu moins net. Je pense qu’on compte plus de Vaudois clients des vins valaisans que de Valaisans clients des vins vaudois. C’est dire que pour un Vaudois, l’étranger commence déjà en Valais. Et lorsque Vaudois et Valaisans vont vendre du vin à Zurich, toutes les régions suisses sont concurrentes, tout autant que les vignobles étrangers.

La question est donc bel et bien de savoir comment faire comprendre au consommateur qu’il faut bien sûr boire suisse, mais de chez nous de préférence. On communique suisse puisque c’est la seule manière d’obtenir de l’argent de la Confédération. Et qu’une communication vin suisse peut à l’évidence contribuer à attirer le consommateur branché, urbain et suisse allemand à l’existence de notre vitiviniculture. Mais en dehors de cela, on communique surtout valaisan, genevois, tessinois ou vaudois.

Ce paradoxe ne contribue pas à rendre le message très clair pour le consommateur. Mais chaque région espère quand même que dans ses propres frontières, chaque client aura le bon goût de ne boire que le vin du lieu. Et là, les Vaudois sont fâchés contre les organisateurs de la Fête cantonale qui ont sûrement compris, comme les enseignes de la Grande Distribution, que les vins italiens leur permettront de dégager une marge supérieure. Et ils auront probablement aussi retenu la meilleure offre, la plus lucrative, en matière de vins suisses. Car le vin, on l’oublie trop souvent, ce n’est pas que du plaisir, de l’hédonisme, de la convivialité. C’est aussi un marché et des gros sous.

Les organisateurs de fêtes réagissent comme les grandes surfaces: la marge d’abord!

PS. Que cela soit clair. Si j’étais Vaudois, je râlerai sec en voyant des chorales blanches et vertes entières gorgeonner des vins italiens ou valaisans. 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.

One Response to “Tous ensemble ou chacun pour soi”

  1. Laurentp | 27 mai 2012 at 16 h 18 min #

    La marge d’abord, c’est tout à fait ça !

    On voit cela également à La Plage des Six Pompes à La Chaux-de-Fonds, deux crus neuchâtelois (venant d’une cave qui doit faire un geste sur son prix de vente) et tout le reste originaire de l’étranger (Italie surtout).

    Laurent

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