Un hôte exotique de plus pour le vignoble

Le Phyllocnistis vitigenella, vous connaissez ? Cet insecte minuscule – un lépidoptère – originaire d’Amérique du Nord, apparu pour la première fois en Europe en 1994 dans les vignobles de l’est de l’Italie, colonise désormais les vignobles tessinois depuis 2009

 

P. vitigenella est un micro lépidoptère originaire d’Amérique du Nord, apparu pour la première fois en Europe en 1994 dans les vignobles de l’est de l’Italie. De là, l’insecte a commencé sa diffusion et franchi la frontière suisse en 2009. Depuis sa découverte, Agroscope a suivi son expansion sur le terrain. Sa diffusion a été très rapide et, actuellement, toutes les régions viticoles du canton sont colonisées par des populations en constante augmentation, sauf dans le sud du Tessin, où l’insecte est apparu en premier. Cette rapide diffusion et la densité croissante des populations font naître des préoccupations sur sa réelle nuisibilité et, par conséquent, sur la nécessité de développer des stratégies de lutte pour limiter les dommages au vignoble.

Evaluer la nuisibilité d’abord

La mineuse américaine accomplit trois générations par année au Tessin. Les larves n’attaquent que les feuilles, en creusant des galeries dans le mésophylle. Le nombre de galeries augmente fortement à la troisième génération, qui se développe en fonction de la maturation du raisin. L’analyse de ce dégât a montré que les mines ne diminuent pas l’activité photosynthétique des parties saines des feuilles attaquées et n’influencent pas le rendement et la maturation des raisins. Les dégâts du ravageur semblent donc tolérés par la plante, ce qui signifie que la mineuse peut être considérée comme non nuisible.

Cependant, son innocuité dépend aussi des choix du viticulteur: des charges en raisin trop élevées, un effeuillage et des rognages importants lors de la maturation des raisins pourraient conduire à des pertes qualitatives s’ils sont associés à ces dégâts foliaires. Il reste donc fondamental de limiter la production et de bien gérer la surface foliaire. Par ailleurs, les changements climatiques pourraient modifier à l’avenir le comportement de la mineuse, car le développement d’un insecte dépend surtout de la température. Un réchauffement progressif pourrait induire P. vitigenella à développer quatre générations ou plus et son impact devrait alors être reconsidéré.

La non nuisibilité actuelle de la mineuse permet de préparer une arme écologique

Le constat de l’absence de nuisibilité de ce ravageur est important pour développer une lutte basée sur l’utilisation des ressources environnementales. En effet, contrairement à ce qui se passe avec d’autres ravageurs exotiques, des parasitoïdes indigènes se sont déjà adaptés à P. vitigenella et on observe des taux de parasitisme de près de 17 %. L’utilisation des ressources écologiques présentes est capitale pour garantir un contrôle biologique de ce ravageur mais, pour améliorer et stabiliser ce contrôle dans le temps, les relations entre la mineuse, ces parasitoïdes et l’environnement autour des vignobles doivent encore être étudiées.

Source: ACW

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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