Du chêne et de ses produits dérivés

Extrait d’un article du Républicain lorrain, consacré à un « producteur » de chêne des Vosges…

Depuis qu’il a commencé à s’intéresser au goût du bois dans le vin, son œil s’est exercé avec le nez et le palais. Il désigne les coulées noires au sol, le jus de chêne. Au fil des saisons, le bois se purge des mauvais tanins, pleins d’amertume. Après cette purification, les planches (appellées staves ) entreront dans les bâtiments pour être conditionnées et torréfiées. Les vignerons les utiliseront pour développer les arômes de leurs vins. Elles voyageront ensuite jusqu’à l’autre bout du monde ou plus près, dans les grands domaines du sud-ouest. Les staves odorantes tapisseront l’intérieur de cuves en inox ou seront plongées, comme une infusion, dans un vieux fût pour réveiller ses arômes.

Avec ses 17 salariés – parmi ces ouvriers durs à la tâche et formés sur le tas : un ancien pizzaïolo, un ancien fraiseur, un agriculteur –, l’entreprise Laglasse a réussi à faire sa place dans une niche mondiale prospère. Car, sur les cinq continents, on boit chaque année un peu plus de vin. 2 % seulement de ce vin est élevé en fût de chêne. Mais le gros de la production se laisse tenter par les nouveaux produits œnologiques qui, lorsqu’ils sont intelligemment utilisés, améliorent la qualité des crus moyens.

Longtemps sujette à polémique, cette alternative au fût de chêne est autorisée en France depuis 2005. Elle est entrée dans les mœurs. Les bois arômatiques sont utilisés depuis longtemps aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande ou dans les pays du Nouveau Monde comme le Chili ou l’Argentine. La Bulgarie, la Chine et d’autres y viennent, pourtant le marché est encore en friche. Du coup, la merranderie de Varize joue les ambassadeurs internationaux du bois mosellan. Même si, dans ce secteur, notre région est désignée sous l’appellation simplifiée « Vosges ».

Les marchés des merrains (les planches utilisées pour la fabrication des tonneaux) et ceux des produits œnologiques ne sont pas en concurrence directe, car les vins concernés ne jouent pas dans la même cour. Chez Laglasse, on fait les deux. À l’entrée de la scierie, des tronçons d’arbres attendent d’être fendus et sciés pour être envoyés dans les tonnelleries des régions viticoles. « L es vins élevés en fûts de chêne sont les hauts de gamme. Les produits oenologiques permettent de développer les vins plus courants, c’est à dire le gros volume de la production, en fait », explique le patron.

Parmi ces  produits oenologiques dont on parle à demi-mots, les copeaux de chêne. Rappelons que leur usage est interdit par l’AOC Valais. Et à mon sens, on peut s’en féliciter. Il s’agit-là d’une pure et simple aromatisation du vin, d’un détournement de la mission du chêne, également. Encore une raison pour consommer local. A moins qu’on préfère les infusions de chêne !

La barrique de chêne est d'abord un contenant qui permet un micro-oxygénation du vin.

La barrique de chêne est d’abord un contenant qui permet une micro-oxygénation du vin.

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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