Un 700e bien illustré

700e anniversaire – c’était le 20 janvier 1313 – du premier document mentionnant des noms de cépages en Valais. C’est le fameux « Registre d’Anniviers » qui cite « neyrun, humagny et regy ». Si pour les chercheurs, il ne fait pas de doute que humagny et regy étaient l’Humagne blanche et la Rèze d’aujourd’hui, on est un peu plus sceptique sur le cas de neyrun. Nombre d’auteurs y ont vu un vin rouge, le rouge du pays, autrement dit, le Cornalin du Valais. Mais rien n’est moins sûr si l’on en croit le généticien et ampélographe José Vouillamoz.  A tel point que lorsqu’il s’est agi d’organiser cette comémoration du 700e anniversaire du Registre d’Anniviers, il a choisi de se limiter à l’Humagne blanche et à la Rèze.

Près de 80 personnes ont eu le plaisir de participer à cette journée organisée au Château de Villa. Conférences et dégustation figuraient au menu. On va s’arrêter quelque peu sur cette dernière.

La Rèze d’abord qui ont prouvé que ce cépage peut être intéressant. J’ai particulièrement apprécié celle de Joseph-Marie Chanton (millésime 2011), expressive, florale, citronnée, exotique. Un vin qui montre qu’on peut faire preuve d’élégance sans perdre son caractère et une certaine rusticité. Une belle maturité de fruit et une grande minéralité.

L’Humagne blanche, ensuite. De très jolis vins dans l’ensemble. Là, mention particulière pour le millésime 2000 de la Cave Defayes-Crettenand à Leytron. Un fruité exotique, des notes d’alcool de poire aussi, et des épices douces . Le tout avec une belle structure, de la fraîcheur et une harmonie remarquable. Belle minéralité finale. Une grande jeunesse encore.

Des curiosités ensuite. Première et non la moindre, une Rèze rouge d’Ayent. Jean-Paul Aymon en a vinifié… 15 litres. Un rouge en cours d’élevage qui n’avait pas encore fait sa deuxième fermentation. La robe est sombre, pourpre, tirant sur le noir. Le nez est intense, sur des fruits noirs très mûrs, presque compotés. La finale est rustique et marquée par une grosse acidité que la malo-lactique se chargera de maîtriser. Très intéressant.

Autres curiosités, les trois authentiques « Vins des glaciers »  qui ont exceptionnellement pu être goûtés en dehors de leurs caves maternelles. Celui de la Bourgeoisie d’Ayer (tonneau le plus âgé datant de 1890). Le Tonneau de l’Evèque de la Bourgeoisie de Grimentz ensuite. Un privilège ordinairement réservé à l’Evêque de Sion et à de prestigieux visiteurs. Et enfin le Glacier d’un privé, André Melly à Vissoie. Sûrement le plus facile à déguster grâce à une petite douceur. Mais aussi à de beaux arômes d’écorce d’orange, de résine, de brou de noix et d’épices. On sent la présence de l’Ermitage qui vient en complément de la Rèze.  Une belle vivacité tout de même en finale.  Amateur de Jerez, j’ai aussi eu du plaisir avec les deux autres vins, évoquant aussi la noix, la livèche, une note mentholée aussi. Des vins vifs et nerveux très originaux.

Merci aux organisateurs et au dégustateur en chef, Dominique Fornage.

Registre d'Anniviersm un document de 1313.

Registre d’Anniviers, un document de 1313.

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.

9 Responses to “Un 700e bien illustré”

  1. darbellay | 21 janvier 2013 at 11 h 26 min #

    Peut-être bon généticien, l' »ampélologue » n’est pas du tout crédible lorsqu’il se pique d’histoire. A son aune les généticiens antropologues du prochain siècle déduiront que les « bédjuiis » sont originaires d’Argentine car ils y auront trouvé foule de cousins !

    • José Vouillamoz | 22 janvier 2013 at 9 h 13 min #

      Monsieur Darbellay, pouvez-vous préciser votre opinion négative en fournissant des exemples détaillés, je vous prie? Je suis ouvert aux critiques quand elles sont argumentées. José Vouillamoz

      • Darbellay | 24 janvier 2013 at 13 h 07 min #

        Monsieur Vouillamoz, je précise, le Fendant est une appellation valaisanne, toujours utilisée en Valais pour le vin, bien avant la fin du 19ème siècle. À cette époque les vaudois commercialisaient déjà leurs vins sous les appellations communales. Ça c’est l’Histoire.
        Ne craignez donc rien, aucun risque de guerre avec les vaudois, eux connaissent l’Histoire!
        Arthur Darbellay

        • José Vouillamoz | 24 janvier 2013 at 14 h 31 min #

          Cher Arthur Darbellay

          Le nom Fendant est historiquement vaudois, ce n’est pas moi qui l’invente, des historiens vaudois (par exemple Jacques Dubois) l’avait dit avant moi, aussi j’ai eu l’intégrité historique et scientifique d’en tenir compte dans mon étude de 2009 (disponible ici):

          http://www.linherr.ch/cmsFiles/WAL/wal_Media/wal_NCCR_Origine_Chasselas.pdf.

          Le nom de cépage Fendant est mentionné au canton de Vaud pour la première fois en 1716. Il n’apparaît en Valais qu’en 1848, lorsque le Conseil d’Etat commande 50’000 chapons aux… vaudois pour planter une vigne à la Planta. Les vaudois ont fourni le cépage sous le nom de Fendant, que les valaisans ont conservé.

          Dès la fin du 19e ou vers le début du 20e siècle, le nom de cépage Fendant a été peu à peu abandonné par les vaudois. Durant le même temps, les valaisans se le sont petit à petit approprié, jusqu’à réussir à carrément le protéger dès 1966.

          C’est ça la vraie Histoire, tout ironique soit-elle, et ces affirmations sont basées sur des documents fiables, qu’on le veuille ou non.

          Il n’était donc pas du tout opportun de votre part de douter de mes compétences historiques sur ce sujet.

          Je suis prêt à argumenter mes autres recherches si nécessaire.
          A bon entendeur
          José Vouillamoz

          • darbellay | 28 janvier 2013 at 10 h 36 min #

            Cher José Vouillamoz,
            vous affirmez que le Fendant « n’apparaît en Valais qu’en 1848 »,
            c’est faux, historiquement faux.
            On repère le Fendant dans le Chablais valaisan (vous aviez omis cette case dans *chassalas vouillamoz*), vignoble des Evouettes avant le 18 ème siècle. A Sembrancher entre 1763 et 1830 le pionnier de la viticulture Joseph-François Luder le mentionne déjà en toutes lettres !
            CQFD
            Arthur Darbellay

  2. José Vouillamoz | 29 janvier 2013 at 10 h 13 min #

    Cher Arthur Darbellay,

    Je constate avec amusement que vous essayez vainement de me donner des leçons dans mon domaine d’expertise. Je comprends que cela puisse être tentant.

    J’avais mis en exergue la mention de 1848 car elle constitue vraiment le point de départ de la culture de ce cépage dans le Valais central. Vous imaginez bien que je ne pouvais pas développer tous les éléments historiques dans cette petite discussion sur ce blog. Mais puisque vous voulez entrer dans les détails et que vous remettez en question mes compétences historiques, j’ai écrit dans « Histoire de la Vigne et du Vin en Valais » (2009) un chapitre intitulé « Comment le Chasselas et le Pinot sont arrivés en Valais » dont voici un extrait à propos du Chasselas/Fendant:
    _________________________
    Outre sa présence certaine dans le Chablais valaisan avant le XVIIIe siècle (vignoble des Evouettes), il est cité à Sembrancher dans les «Observations sur le travail des vignes et la manipulation des vins» de Jacques-François-Joseph Luder (1763-1830) qui préconise «d’extirper […] le fendant» et indique même comment faire un «vin blanc liquoreux comme muscat, fendant, reze ou ervine ou malvoisie» (Nicollier, 1967).
    _________________________

    Vous pouvez donc constater que je n’ignore ni le vignoble des Evouettes (1), ni la mention de Luder à Sembrancher (2).

    (1) Je suis potentiellement critiquable sur l’utilisation du mot « certaine » concernant sa présence dans le vignoble des Evouettes, j’aurais peut-être dû utiliser « probable ». En effet, la mention d’avant le XVIIIe siècle parlait du « Plant des Evouettes », et même s’il y a de forte chance pour que ce fut bien le Chasselas/Fendant, nous n’en avons aucune preuve ampélographique. Quoi qu’il en soit, ce vignoble fait partie du Chablais et se trouve dans la continuité des vignobles de l’arc lémanique. Cet avant-poste ne saurait en aucun cas justifier un origine valaisanne du Fendant, et cette mention des Evouettes (sans date précise!) n’est de toutes façons pas antérieure à 1716, date de première mention sur le canton de Vaud. Irait-on jusqu’à dire que le Lac Léman est 100% valaisan parce nous avon Le Bouveret? Je vous laisse prendre connaissance dans mon article « Etude historico-génétique de l’origine du ‘Chasselas » des différentes formes de ‘Chasselas’ mentionnées par Augustin Pyrame de Candolle en 1820 (Tableau 1) pour vous laisser convaincre que son origine, correspondant au lieu de plus grande biodiversité, se trouve bien dans l’arc lémanique.

    (2) Il s’agit d’une mention ponctuelle et géographiquement restreinte qui ne pourrait en aucun cas permettre de revendiquer l’antériorité du Fendant valaisan sur le Fendant vaudois.

    Je vous invite à lire attentivement mes différents travaux avant de mettre en doute mes compétences historiques et de clamer des « CQFD » qui n’en sont pas!

    A bon entendeur

    José Vouillamoz

    • Darbellay | 29 janvier 2013 at 14 h 14 min #

      Cher José Vouillamoz,
      Je n’ai plus rien a prouver.
      Bonnes salutations
      Arthur Darbellay

  3. mike smith | 30 mars 2013 at 17 h 22 min #

    Cher Monsieur Vouillamoz , en parcourant la toile j’ai lu des cousinages de la Syrah tantôt avec le Pinot noir et tantôt avec la Mondeuse , merci pour vos éclaircissements , les quelques vidéos où j’ai pu vous voir intervenir sont toujours passionnantes
    Bien cordialement

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