Bouteille Grand Cru enterrée

On l’avait imaginée bodelaise ou bourguignonne. On l’a ensuite découverte arlésienne, perdue dans les méandres insondables de la viticulture valaisanne. Mais flûte alors, on apprend qu’elle a été enterrée dans l’intimité. Je veux bien sûr parler de la bouteille Grand Cru, celle qui devait donner un semblant d’unité à ce label de qualité hétéroclite, merveille de micro-fédéralisme valaisan.

Fin 2005, le règlement Grand Cru adopté par le Conseil d’Etat mentionnait dans son 13e article (un chiffre porte-bonheur ?) que « le signe distinctif et uniforme à la commercialisation des vins Grand Cru est la bouteille Valais, dont les droit sont détenus par l’Interprofession à l’usage exclusif des vins Grand Cru. » 

Sept ans et 15 jours plus tard, la bouteille Grand Cru, dont il a même existé un prototype, est morte. Après de nombreux épisodes tragi-comiques. Entre deux, alors que personne n’arrivait à s’entendre sur la forme de la bouteille, la commune de Vétroz a fort opportunément proposé de mettre à disposition de toutes les autres communes, sa propre bouteille Grand Cru. Elle aurait alors cédé ses droits sur ce modèle à l’IVV. Une proposition agréée par la majorité des communes  en octobre 2011 puis par le comité de l’IVV.

La majorité des communes, mais pas la totalité. Fully et Salquenen s’y opposant. Pour Salquenen, premier de cordée en matière de Grand Cru valaisan, cela peut se comprendre. Elle a sa propre bouteille depuis les années 90, un flacon connu et reconnu par toute sa clientèle. Le patron des Grands Crus de Salquenen m’avait alors confié qu’au cas où la bouteille Vétroz serait adoptée, Salquenen pourrait renoncer au Grand Cru. Du côté de Fully, c’est un peu moins clair. Certes, une bouteille Fully existe, mais elle est apparue en pleine discussion sur la fameuse bouteille Grand Cru. On aurait pu attendre un peu, histoire de laisser le dossier évoluer avant de venir ajouter un peu d’huile sur le feu. D’autant plus que j’avais cru comprendre que cette bouteille n’était pas nécessairement destinée aux Grands Crus. Mais bref, Fully regimbe aussi.

Finalement, comme nous l’apprend le rapport annuel de l’IVV, la bouteille Grand Cru Valais passe à la trappe en novembre 2012. Un macaron caché à l’arrière de la bouteille fera office de « signe distinctif et uniforme ». Reste maintenant à attendre l’approbation du Conseil d’Etat…

grand Cru label

Décidément, déjà qu’on n’a pas réussi à faire ce qui aurait été logique – un grand cru cantonal, avec un règlement cantonal, des cépages Grands Crus cantonaux  – on rate encore le virage de l’uniformisation du contenant. A la place, un petit rectangle de 17 mm sur 45 mm, placé derrière la bouteille. Voilà qui permettra au consommateur de distinguer au premier coup d’oeil un vin de qualité Grand Cru. Il ne lui restera alors qu’à consulter le classeur des multiples règlements Grand Cru pour trouver celui qui s’applique à ce vin en particulier.  Il pourra alors procéder à l’acte d’achat en toute connaissance de cause.

P.S. Un membre du comité de l’IVV m’a glissé à l’oreille l’autre jour que « Avant, on avait deux communes mécontentes, maintenant, on a toutes les autres. »  

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About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.

6 Responses to “Bouteille Grand Cru enterrée”

  1. Fred | 2 avril 2013 at 9 h 01 min #

    Il y a un autre point encore plus embêtant provoqué par ce revirement incompréhensible : que font les communes comme Chamoson, Sion et St. Léonard notamment qui ont un règlement « officiel nouvelle formule » homologué par le Conseil d’Etat et qui stipule que « l’identifiant du Grand cru est la bouteille officielle dont les droits sont détenus par l’IVV »? Cette décision est proprement scandaleuse et absurde. Mais comme les communes qui s’opposent à la bouteille unique sont Salquenen et Fully, il faut peut être y voir un nouvel épisode de la guéguerre des petits copains contre l’actuelle IVV…

  2. Barnabé | 8 avril 2013 at 20 h 21 min #

    Très clairvoyante analyse Fred. 100% juste de la première à la dernière phrase, en particulier la dernière phrase…

    • Paul Vetter | 8 avril 2013 at 20 h 35 min #

      Pour Fully, je vois ce à quoi vous faites allusion. Pour Salquenen, j’ai plus de peine à comprendre. S’il vous plaît, éclairez ma lanterne!

      • Fred | 9 avril 2013 at 22 h 10 min #

        L’actuel responsable des grands crus de Fully est toujours dans les bons papiers du chef de département, qui est, selon la vox populi, le « quatrième fils » d’une influente famille salquenarde.

        • Paul Vetter | 10 avril 2013 at 6 h 09 min #

          Oh, là j’ai quand même l’impression que c’est une théorie du complot qui frise un peu la parano. Salquenen,premier de cordée, avec une politique assez cohérente du grand cru et de sa bouteille, ne veut pas revenir en arrière… L’explication me semble plus simple. D’autant plus que toutes les familles salquenardes ne marchent pas main dans la main.

          • Fred | 10 avril 2013 at 22 h 07 min #

            Mais l’identifiant du grand cru de Salquenen est l’étiquette porteuse de la croix villageoise. Avec un peu de bonne volonté, on adopte la bouteille cantonale en plus et on a une démarche crédible et consensuelle.
            De plus, les opposants auraient pu faire valoir leurs objections à la bouteille unique au moment de la rédaction du règlement cantonal de 2005, lors des consultations au sein de l’inter profession, et non pas maintenant que le règlement est officiellement entré en vigueur. Ça c’est quand même un signe négatif, paranoïaque ou pas!

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