Quel avenir pour le Fendant ?

Quel avenir pour le Fendant ? Autrefois vedette incontestée de notre vignoble (en quantité en tout cas), le chasselas valaisan n’en finit pas de céder du terrain. En 1991, il couvrait encore 1875 ha.. En 2000, 1648 ha lui sont encore dédiés. Puis vint la campagne de réencépagement… Aux vendanges 2012, il est passé sous la barre des 1000 ha pour s’établir très exactement à 993,6 ha. Avec des vignes dont l’âge moyen frôle les 35 ans et que plus grand monde ne semble vouloir renouveler.

Chasselas grappe

Pourquoi ce désamour alors qu’on n’a jamais bu d’aussi bon Fendants ? Parce que le bas de gamme ne trouve plus preneur à des prix décents. Parce que les vignerons, payés en-dessous du prix de production ne voient plus l’intérêt de cultiver ce cépage. A 2fr50 le kilo, avec en plus une nouvelle limitation des rendements qui, de surcroît, n’apporte rien à la qualité, cultiver du chasselas ne paie plus. Alors, bien sûr, on invoque le marché, les collègues vaudois et genevois qui ont déstocké à des prix ridiculement bas. Et on mise plus que jamais sur les spécialités. Le président des négociants (ceux qui achètent la production des vignerons en raisin pour la vinifier ou les surplus des vignerons-encaveurs pour les mettre en marché), le dit sans ambages : rien ne laisse espérer un retour en grâce (et une revalorisation) du Fendant dans un délai proche. (voir sujet d’hier)

Le mot d’ordre est clair : plantez des spécialités ! Une bonne idée, à condition de miser sur une qualité irréprochable qui justifie leur prix. Car il n’y a aujourd’hui plus aucune place pour la médiocrité. Ce sont bien les Fendants de masse de piètre qualité, notamment ceux qu’on a livrés en abondance en Suisse alémanique, qui ont tué le marché du Fendant. Quand on goûte certaines bouteilles de Petite Arvine ou de Cornalin, parfois vendues au prix d’un Fendant, on se dit que les spécialités pourraient un jour subir le même sort que lui. Ne restera alors qu’à laisser notre vignoble en friches.

P.S. J’ai dégusté la semaine dernière les trois Fendants de Gérald Besse. Trois vins magnifiques, frais et bien structurés, avec une grande finesse aromatique et de très belles minéralités. Il m’a été bien difficile d’élire dans le trio celui qui sera la semaine prochaine le «Vin de la semaine» de Canal9. Les trois, pourtant tous différents, auraient largement mérité cet honneur. Dieu, que c’est bon le Fendant, quand c’est cultivé et vinifié par des gens qui aiment leur métier!

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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