Vin qui se note contre vin qui se boit

Extrait d’un article de Périco Légasse publié dans Marianne…

Il y a des étiquettes à particule, coupées du peuple er réservées à une élite intello branchée ne jurant plus que par la signature de l’oenologue qui les a cotées dans les guides et sur le marché. Et il y a les vins qui ne prétendent pas autre chose que de donner du plaisir en restant le fruit de leur terroir. Les vins qui se notent face aux vins qui se boivent: rendons grâce à ces derniers d’arroser nos coeurs et nos gosiers avec la gourmandise qui convient. C’est qu’à force de mépriser les jus dont la robe n’est pas aussi foncée que l’encre et le corps musclé comme un athlète, les vins rouges dits « légers » – une tare – ont connu l’anathème d’une oenocratie prétentieuse et blasée ne jurant que par les compotes de raisin concentré, maquillées aux arômes de chêne et titrant au bas mot 13 degrés d’alcool.
Des monstres de concours qui nous ont pourri la vigne pour satisfaire l’égo de vinificateurs en manque de reconnaissance médiatique et l’orgueil d’une multitude de marchands de vins convaincus que la gloire de leur nectar est proportionnelle à son taux d’imbuvabilité magnifiée. Pour avoir de grosses notes dans les concours, il faut parfois savoir renoncer à son âme et renier son appellation d’origine. (…)

Jury en pleine action

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.

5 Responses to “Vin qui se note contre vin qui se boit”

  1. Alexandre Truffer | 30 juin 2013 at 12 h 15 min #

    Salut Paul,

    Je n’arrive pas à trouver le texte dans son intégralité, et me prononcerai donc sur l’extrait que tu publies.

    Désolé de ne pas partager ton enthousiasme, mais je trouve que c’est un discours réducteur, idéologique et parigocentriste. Il suffit de faire un tour dans les différents concours helvétiques et déguster les vins médailles au Mondial du Chasselas, du Pinot Noir, aux sélections régionales ou au Grand Prix du Vin Suisse pour voir que les vins médaillés ne sont pas des bombes boisées imbuvables. C’est le même reproche que celui qui était fait à Parker et son équipe. De fait, lorsque Davidi Schlidknecht est venu en Suisse, il a mis en avant des Chasselas et les vins de Robert Taramarcaz et non pas les rouges sucrés, boisés et vanillés d’autres producteurs.

    De même, le discours méchants vins industriels boisés imbuvables et donnent mal à la tête réalisé par un maléfique oenologue opposés au gentil vin de terroir (un concept qu’on ne veut surtout pas définir) et de tradition (d’au moins 6 ans) pur et fruité élaboré par un petit vigneron qui n’a jamais fait d’études (ce qui lui garantit semble-t-il une sorte d’immaculée conception pinardière) passe sans doute très bien dans les cercles bobos parisiens, mais ne tient pas vraiment à l’analyse.

    Heureusement que les concours existent, ils ont, tout comme les oenologues, permis à un vignoble comme celui de la Suisse de faire des progrès plus importants en quinze ans qu’en vingt siècles. Quant à Parker et son système de notation, il a permis au vignoble français de devenir le seul pan de l’économie de l’Hexagone qui soit bénéficiaire et exportateur (avec l’aviation). Je trouve que les journalistes français, même ceux qui enragent de pas réussir à prendre la relève de Robert le Maléfique, devraient s’en souvenir avant de l’accuser de tous les maux présents, passés et futurs du vignoble.

    • Paul Vetter | 30 juin 2013 at 20 h 09 min #

      Tout discours est bien sûr réducteur. Celui-là aussi. Mais parigocentriste, c’est curieux comme jugement.
      Cela dit, je comprends que la généralisation qui peut transparaitre dans ces lignes te fâche, d’autant plus de ton point de vue. Il faut nuancer, bien sûr. Il y a de très bon vins qui sont primés, de très bons vins qui sont mis en avant dans les guides. Mais il faut quand même relever – et beaucoup de producteurs le feront avec moi j’en suis certain – qu’avec un jus concentré à l’extrême, et si possible un poil de sucre résiduel même dans les rouges, on a plus de chance de figurer au palmarès de beaucoup de concours. Et que dire de l’usage de la barrique que certains jurés aiment à l’évidence bien marquée !
      Bref, tout le contraire des vins que l’on boit… D’où mon intérêt pour cet article, fût-il écrit de Paris ou de Navarre.

      PS. IL n’y a pas si longtemps, je demandais à un producteur pourquoi son blanc avait à nouveau du sucre résiduel, après deux années où il était bien sec, il m’a répondu qu’avec le sucre, il était chaque fois médaille d’or alors que sec, il n’avait obtenu que de l’argent. Alors, même si lui le préférait sec, il lui laisserait désormais un peu de sucre.

      • Alexandre Truffer | 1 juillet 2013 at 6 h 59 min #

        Je partage ton opinion sur le sucre, même si je pense que les jurés des concours sont de plus en plus conscients du problème et que les vins sucrés et boisés sont moins mis en avant qu’il y a deux ou trois ans. Peut-être même que cette mode a été remplacée par celle de la minéralité, mais c’est un autre débat.
        Je ne dirais pas que tout discours est réducteur, si celui-là l’est et si j’ai utilisé le terme de parigocentriste (outre la tentative de pérenniser le néologisme 😉 ) c’est qu’il postule ce déclin de la viticulture française, alors qu’il s’agit principalement d’un problème qui touche les vins spéculatifs du Bordelais et de quelques autres régions. Si l’on veut boire des rouges français légers, ce n’est pas difficile il suffit d’aller dans le Jura, en Beaujolais, en Savoie ou dans la Loire, voire même en Bourgogne.
        Le problème c’est que c’est moins sexy de faire la tournée des caveaux de Pupillin pour découvrir de nouveaux talents que de participer à des déjeuners de presse offerts par les Grands Crus de Gironde dans les étoiles michelins parisiens. Sans compter qu’un spécial Rouges de Savoie ou Gamay du Centre de la France constitue un supplément vins beaucoup moins intéressant en termes de publicité (c’est un constat, pas une critique) que Primeurs 2013 ou Foire aux vins 2013.
        J’ai eu l’occasion à quelques reprises de fréquenter dans des voyages de presse ou des manifestations des grands noms de la presse parisienne. Chaque fois c’est le même discours: revenons à la simplicité, aux vins légers et de plaisir. Eh bien quand tu leurs sers un Chasselas ou un Gamay, il te diront que c’est super, mais ils écriront que c’est un petit vin d’apéritif auxquels ils n’accorderont que 5 lignes et le Château Licorne Verte noté 98/100 le mois précédent aura droit à deux pages…
        Je finirais en disant que si tu es libre le 6 juillet, pour la Fête du Chasselas, tu verras que les concours promeuvent des vins secs, élégants et presque toujours à moins de 13 d’alcool (ok, c’est de la pub tout à fait intéressée, mais ce n’en est moins vrai ;))

        • Paul Vetter | 2 juillet 2013 at 15 h 12 min #

          Comme toujours, tout n’est pas blanc ou noir… La nuance existe. Comme je ne suis pas dans des conditions idéales pour débattre, je me contenterai du minimum…
          OUI, tous les concours ne sont pas à mettre dans le même sac. Perso, je partage souvent les choix de la Sélection des vins du Valais. Les sucraillons n’y ont généralement pas une place privilégiée.
          OUI, je m’imagine bien que les chasselas du Mondial du Chasselas ne seront pas des monstres bodybuildés. Ce serait un comble si c’était le cas pour ce vin de … soif.
          OUI, je veux bien croire que les jurys prennent gentiment conscience du problème….

          MAIS, trop de vins mastocs passent encore devant de jolis crus fruités.
          J’ai dégusté l’an dernier deux vins primés au Mondial du Merlot… Quelle déception! Du sucre, du bois, de l’encre noire… Un verre et je n’en pouvais plus.
          J’ai souvent lu l’étonnement des gens qui dégustaient les vins médaillés au Mondial des Pinots noirs. Quelle hétérogénéïté ! De belles choses délicates, élégantes mais aussi pas mal de bêtes de concours. Beaucoup trop. Il faut croire que malgré toutes les précautions prises pour tenter donner une ligne, le fait de devoir gérer plus de 3000 échantillons voire plus suivant les concours n’est pas une garantie de qualité. D’une table à l’autre, les vins sont à coup sûr appréciés différemment.
          Bref, d’accord avec le fait que la dégustation n’est pas une science exacte. Peut-être est-ce le concept de concours qu’il faudrait revoir. Une note donne toujours l’illusion de la justesse mathématique. Mais le vin ne peut s’en contenter.

          PS. Je me suis juré un jour de ne plus mettre de note à un vin. Je me contente de m’exclamer quand j’aime. Et de le faire savoir.

          • Alexandre Truffer | 2 juillet 2013 at 20 h 18 min #

            Là je suis assez d’accord avec toi. De fait, c’est avec Périco Légasse qui parle de « monstres de concours qui nous ont pourri la vigne » que je n’étais pas d’accord. Evidemment, il y a beaucoup à dire sur les concours, n’empêche que leurs résultats sont souvent plus proches du « gout du public » s’il existe que ce que l’on pense:
            http://les5duvin.wordpress.com/2013/05/25/le-grand-public-aime-les-medailles-dor/
            Cordialement
            Alexandre

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