Un avis qui fait plaisir

Excellent article de Pierre-Emmanuel Buss dans le journal Le Temps de hier.  Je ne résiste pas à le publier en entier. On le trouve sur le site du journal. Au cas où cela ne serait pas accessible assez longtemps, le voici…

«Le Valais est béni des dieux pour la viticulture»

Il a écrit l’article qui aurait pu tout changer. En décembre 2001, Per-Henrik Mansson est «senior editor» du Wine Spectator (WS), une des revues les plus influentes de la planète vin. Après avoir insisté, ce Vaudois d’adoption – il a fait sa scolarité à l’Ecole Nouvelle à Lausanne – obtient le feu vert de la direction du journal pour rédiger un dossier sur les vins suisses. Lors de son reportage, il est enthousiasmé par plusieurs crus, à qui il donne des notes supérieures à 95 sur 100 («vins exceptionnels»). Comme ils ne sont pas distribués aux Etats-Unis, il est contraint de ne pas les citer.

Devenu propriétaire de l’hôtel-restaurant Le Communal, à Val-d’Illiez, Per-Henrik Mansson s’échauffe quand il évoque cet épisode. «New York m’a dit: on n’en parle pas. Fin de la discussion!» Fâché, le journaliste n’a pas d’autre choix que de noter exclusivement les quelques domaines qui exportent. Il exhibe le journal à peine écorné, l’ouvre à la page 137 et égrène les plus hauts pointages: «La meilleure note, un 92, était revenue à l’amigne de Vétroz Mitis 1998 de la Cave Jean-René Germanier. Un très beau vin, mais pas le meilleur de ceux que j’ai dégustés. Du coup, l’article est un peu passé inaperçu.»

Per-Henrik Mansson aurait voulu faire connaître à la face du monde la syrah barrique de Jean-François et Axel Maye à Saint-Pierre-de-Clages. «Un vin fabuleux. Il me rappelait la Landonne de la maison Guigal.» Ou encore les Grains nobles de Marie-Thérèse Chappaz, à Fully. «Ils font partie des plus grands liquoreux du monde, pas loin de Château d’Yquem», estime le spécialiste, qui sait de quoi il parle: il a dégusté tous les millésimes du 1er Grand Cru classé de Sauternes.

Une révélation. Car avant de publier son article, Mansson connaissait mal les vins de son pays d’adoption. Arrivé en Suisse à l’âge de 7 ans, ce fils d’une bonne famille suédoise a vécu dix ans à Epalinges avant d’émigrer à New York pour étudier à la Columbia School of Journalism. Il rêvait de travailler pour Newsweek ou le Washington Post. Ce sera le San Francisco Examiner, où il apprend à connaître les vins de la Napa Valley. Puis Wine Spectator, dès 1987, avec le mandat de couvrir la Bourgogne, la vallée du Rhône et le Piémont.

D’abord installé à Londres, Mansson revient en Suisse en 1992. Marié et père de deux garçons, il s’installe à Colombier-sur-Morges. «C’est au centre de l’Europe viticole», argue-t-il pour convaincre sa hiérarchie, guère enthousiaste. «Ils m’ont mis en garde de ne pas devenir «local» et de faire la promotion des vins du cru. Ce n’était pas nécessaire: j’avais un préjugé sur les vins suisses, surtout les chasselas, que je trouvais dilués. J’ai un palais forgé à l’américaine. Il a fallu que je me penche sérieusement sur les vins suisses pour me rendre compte de mon erreur.»

Après avoir quitté WS en 2004 et écrit la biographie «d’un célèbre homme d’affaire» – il n’en dira pas plus –, l’ancien journaliste rachète Le Communal fin 2011, l’année de ses 60 ans. «Je connais la région depuis longtemps, j’y ai un chalet. L’hôtel était à vendre, personne ne voulait le reprendre. Je me suis lancé.»

Depuis lors, Mansson joue les ambassadeurs du vin suisse. «Je propose mes coups de cœur à mes clients en association avec la cuisine inventive de mon chef. J’ai surtout des vins valaisans, mais aussi vaudois, français, italiens et du Nouveau Monde. Le Valais est béni des dieux pour la viticulture, j’en suis encore plus convaincu qu’il y a dix ans: les vins sont fins, sans un goût d’alcool trop prononcé, avec des tanins soyeux et un fruit pur et riche.»

Il est toujours convaincu que le vin suisse devrait investir les marchés étrangers – l’export ne concerne toujours que 1% de la production. «Vingt ans après, rien n’a changé. Une majorité des meilleurs producteurs n’exportent pas. La Suisse tient quelque chose d’extraordinaire, mais elle ne se donne pas les moyens de le faire savoir. Si on a besoin de moi, je suis à disposition. J’aime ce pays. J’ai grandi ici.»

Per-Henrik Mansson reconnaît un avantage à cette frilosité tout helvétique: les meilleurs crus du pays présentent un rapport qualité-prix imbattable. «S’ils étaient exportés, les coûts exploseraient, c’est un fait.» La production des meilleurs vins suisses n’est-elle pas insuffisante pour l’export? «C’est une mauvaise excuse. Comment font les Bourguignons? Lalou Bize-Leroy, par exemple, a une petite production. Elle s’arrange malgré tout pour exporter aux Etats-Unis. Les Suisses doivent en prendre de la graine.»

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About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.

One Response to “Un avis qui fait plaisir”

  1. Rausis Christian | 31 juillet 2013 at 16 h 31 min #

    Les grands crus de Lalou Bize-Leroy à l’instar des premiers crus classés de Bordeaux et des Côtes-Rôtie de Guigal se vendent à des prix stratosphériques. Si les grands vins du Valais suivaient la même politique, la majorité des Valaisans ne pourraient plus se délecter de leurs nectars, tout comme nos voisins français. Inutile de dire qu’en tant que Valaisan, je n’apprécie guère la dernière phrase !

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