Château de Muzot: le reste des infos

Le Château de Muzot, c’est quoi exactement ? Disons que c’est assez compliqué avec des interconnexions parfois surprenantes.
C’est donc une SA présidée par l’avocat et conseiller communal sierrois Jean-Paul Salamin. Une société dont le principal actionnaire est Pierre-Alain Mathier, un des fils de Adrian Mathier, actif notamment avec le Domaine des Virets, au-dessus de St-Léonard.
Cette société, comme le dit Jean-Paul Salamin dans le sujet,  “a passé des contrats de location de longue durée avec une série de propriétaires. On travaille nos parcelles, on récolte notre vendange et on la fait vinifier pour une part par la Société Albert Mathier et fils à Salquenen. Et pour une autre par Provins”
Ces propriétaires sous contrat sont donc des sociétaires de Provins ou des fournisseurs de la Cave Mathier (essentiellement des gens de la famille Mathier). En gros,  les deux tiers  de la production est vinifié chez Provins – des cuves clairement séparées et identifiées – et un tiers chez Albert Mathier (à ne pas confondre avec Nouveau Salquenen de Adrian et Diego Mathier). “On a nos cuves séparées, notre propre contrôle de cave, effectué selon la législation en vigueur”, précise Jean-Paul Salamin.
Ces cuves sont assemblées sous la baguette de  Ivan Barbic, « master of wine » et consultant qui travaille notamment pour Bataillard, la société partenaire de Provins pour l’embouteillage. Et pourtant, la mise en bouteille du Château de Muzot est assurée par Cevins, la société que Provins a quitté au profit de Bataillard et qui appartient aux Rouvinez. Vous me suivez toujours?
“Nous voulions une mise en bouteille en Valais, et Cevins avait la meilleure offre”, explique Jean-Paul Salamin.
Et ce Château mis en bouteille en Valais a des atouts à faire valoir. “C’est un Château vendu 15 fr. (14,90 exactement). Un vin de qualité. Il a d’ailleurs été médaillé d’or à l’Expovina de Zurich. Pour le deuxième millésime, le 2012, on a produit près de 130’000 bouteilles. C’est un dossier où on arrive à faire en sorte que tout le monde gagne bien sa vie et ça permet de tirer l’entier de la viticulture valaisanne”, estime Jean-Paul Salamin.

 

Mais alors, où est le problème ? Le problème vient de l’appellation Château. Elle est définie dans l’Ordonnance sur la vigne et le vin et dit ceci à l’article 66…
La dénomination “Château” s’applique à la récolte d’une ou plusieurs parcelles voisines, formant une unité d’exploitation homogène, faisant partie de la propriété comprenant un bâtiment historiquement ou traditionnellement désigné comme château.
Elle peut également être utilisée pour les vignes qui font partie de l’exploitation d’un bâtiment historiquement  ou traditionnellement désigné comme château.
Pour le chimiste cantonal Elmar Pfammatter, qui ne s’exprime pas sur le cas précis, l’affaire étant en cours, il est cependant clair que les parcelles doivent être contiguës et doivent appartenir au Château.
Une première dénonciation a donc été faite de ce vin. Après un premier recours de la société, c’est très récemment le Conseil d’Etat qui a tranché en défaveur de Château de Muzot. Une société qui a donc fait recours auprès du Tribunal cantonal. En exposant ses arguments (voir le sujet de Canal9). En gros, la notion de parcelles voisines n’impliquerait pas d’être contiguës. Et les locations de surfaces font de la société une exploitation agricole comme tant d’autres. Enfin, la société a regroupé ses fournisseurs dans un rayon de … disons 5 kilomètres, ce qui rendrait ce domaine homogène.
Avec en plus un avis de droit d’un des rédacteurs du Droit foncier rural qui lui donne raison.

muzot chateau

Quels enjeux ? On l’a dit, Château de Muzot c’est une cuvée a base très majoritaire de Pinot noir de 130’000 boueilles vendue 15 francs en supermarché. Donc bien vendue. Mais c’est surtout la possibilité pour la Société d’aller plus loin. En augmentant les volumes tant que la clientèle répond présente, et en ajoutant une cuvée Rosée et une Blanche. C’est dire que les enjeux se chiffrent en dizaines de millions. A condition sine qua non d’arborer la très porteuse appellation Château.

Pourquoi s’opposer ? La commune de Veyras et les encaveurs du lieu ont écrit en haut lieu pour attaquer le Château de Muzot. Le président des encaveurs a motivé son refus en arguant du fait que le Château de Muzot est un lieu à tradition culturelle, mais en aucun cas à tradition vitivinicole. Preuve en est qu’à part une vigne fraîchement plantée au sud, la bâtisse est entourée de prés.
Voilà. Je vous avais promis en fin 2012 de tout vous dire sur le Château de Muzot. J’ai, un peu tardivement certes, tenu m’a promesse. Mais rien n’a été simple pour obtenir des réponses à mes questions.

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About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.
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