Sucrage: pas tous dans le même sac…

Cela a été dit et écrit dans ce blog: désormais, les vins suisses peuvent être sucrés juste avant la mise en bouteille. Un procédé qui m’offusque profondément. Et certaines réactions qui ont suivi la diffusion du sujet sur Canal9 m’ont profondément déçu. Ce que j’aime dans le vin, c’est son authenticité… Je tolère toutes les pratiques actuelles, même si parfois, on s’éloigne un peu trop de l’idéal à mon goût. Mais l’aromatisation et l’édulcoration des vins finis, c’est à mon sens le pas de trop dans la mauvaise direction. Ces pratiques sont tout juste adaptées aux vins industriels, des bibines que je fuis comme la peste et auxquelles je préfère systématiquement des vins proches de chez moi, oeuvres d’oenologues en qui j’ai confiance. Alors, quand je les entends prôner le sucrage au MCR et le retour des copeaux en prime, je suis chagriné. J’ai aussi quelque peu l’impression de m’être fait avoir. Une question de confiance rompue, tout simplement. La diffusion du sujet sur Canal9 m’a valu pas mal de remarques. Souvent gentiment positives, mais parfois assez durement négatives. A tel point que je me suis demandé s’il valait encore la peine de s’engager, quotidiennement et gratuitement comme je le fais depuis des années, pour la vitiviniculture valaisanne. J’ai d’ailleurs ralenti mon rythme de publication sur ce blog, suite à ces réactions. Un petit coup de blues vitivinicole…
Ce matin, j’ai eu le grand plaisir de trouver au courrier une lettre de la maison Gilliard. D’une part, le directeur s’engageait à ne pas utiliser le MCR (« Pour notre part, quelle que soit la décision finale, nous continuerons à exclure le MCR de tous nos vins. »); d’autre part, il terminait sa missive par une parole encourageante pour votre serviteur : « Nous vous remercions de votre engagement pour la viticulture valaisanne… »  Un petit mot sympa qui me redonne un peu d’énergie en cette période de doute. Il existe donc encore des gens, outre les membres du comité des vignerons-encaveurs, prêts à s’engager pour que nos vins AOC ne plongent pas dans la catégorie des « bibines à deux balles ». C’est rassurant de voir que ce soutien vient d’une cave de belle taille.
Je sais que certains parleront d’opportunisme pour qualifier la démarche de Gilliard puisqu’il est de coutume de dénoncer son voisin. Mais je suis d’un naturel confiant et je préfère ça au silence assourdissant de la majeure partie des acteurs de la filière. Un silence qui laisse croire que le sujet n’a pas d’importance ou qui veut juste cacher une utilisation du MCR qui pourrait nuire à la réputation de l’entreprise.  Car le sucrage des vins, tous les profanes ou simples amateurs de vins vous le confirmeront, n’a pas bonne presse auprès du grand public. C’est même une pratique jugée indigne de vins prétendument qualitatifs.
Merci donc à tous ceux – ou celles – qui s’engageront à ne jamais utiliser ce genre de produits pour les vins AOC. Merci surtout de le faire savoir. Pour les autres, à chacun et chacune de faire ce qu’il faut pour corriger les vins qu’il a loupés. En espérant que cela fera du bien… à son porte-monnaie, à défaut de réjouir les palais des consommateurs. Grande distribution vins du valais

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.

5 Responses to “Sucrage: pas tous dans le même sac…”

  1. Alex | 18 février 2014 at 7 h 23 min #

    Alors tu voudras bien trouver ici aussi tous mes remerciements pour ton travail et mes plus sincères encouragements pour la suite.

    Je trouve aussi aberrant que des caves valaisannes puissent prôner le sucrage avant la mise en bouteille. Autant éliminer les quotas et faire une croix sur la qualité du raisin. On pourra toujours bidouiller par après. Voilà ce que je retiens de cette volonté…

    Je ne pense pas que cela va aider à améliorer l’image du vin valaisan. Une balle tirée dans le pied…

    • Rausis Christian | 18 février 2014 at 17 h 02 min #

      Et bien tout comme Alex. Ton site est incontournable pour tout amateur de vins du Valais. Que de belles découvertes on a pu faire grâce aux chroniques de la semaine. Elles sont également très appréciées de nos amis français : http://www.buveurs-detiquettes.fr/viewtopic.php?f=27&t=5685&start=140#p65289

      Donc les chiens aboient, la caravane passe. Long live le VALAISDUVIN où l’on peut s’exprimer librement !

  2. Crettaz | 18 février 2014 at 10 h 26 min #

    Mon très cher Paul,

    Je fais partie de la masse silencieuse lisant avec intérêt votre blog de semaine en semaine. Vos commentaires, vos invités (sur le plateau de canal 9) et votre sympathique gouaille rendent votre blog addictif au valaisan expatrié en terres vaudoises que je suis.

    S’il m’importe (par respect de notre patrimoine) de posséder quelques arpents de vigne, il m’importe aussi de vous lire en tant que rapporteur de la vie et de l’activité viti-vinicole du Valais. Dès lors, permettez-moi un petit commentaire au sujet du sujet qui vous (pré)occupe. S’il est vrai que la législation devenue subitement permissive pourrait arranger les plus « amateurs » de nos vignerons professionnels, je prends le pari que la grande masse de ceux-ci sont probablement conscients du risque encouru par une telle pratique.

    Du reste, si les ambitions du Valais sont à la hauteur de ces espérances en matière de GRANDS vins et que ceux-ci se prévalent d’attendre les sommets des crus de nos voisins, il y a fort à parier que ces « Aarbergiens » d’opérette se voient réduits à une expression quasi inexistante. Et oui…la mode est aux grands vins secs…ou surmaturés…peu de place pour l’entre deux… Bien des vignerons-vedettes du Valais et d’ailleurs l’ont compris… (Cuilleron à Condrieu, Cornulus)

    A la lecture de votre dernier post, je me plais à imaginer que dans un souci d’intégrité et de défense des valeurs liées autant à votre métier qu’à votre amour pour la chose fermentée, vous vous êtes frotté à la rugosité rustique de vignerons toujours plus acculés. Il ne m’étonnerait pas que lesdits vignerons seraient toujours en train d’appliquer les mêmes recettes d’antan lorsque « ça (eu) payé ».

    Dépassés par plusieurs trains au niveau qualitatif, les consommateurs leur ont probablement tournés le dos et c’est dans l’énergie du désespoir qu’ils vous ont trouvé afin de décharger toute leur haine, aveu de leur propre incapacité à remettre en compte leur méthode de travail.

    Continuez, battez-vous, investiguez….nous vous formatez pas…sous prétexte de consensus !
    Je me suis permis de sortir du bois, de vous écire, afin de vous adressez mes vifs remerciements et de vous encourager dans votre démarche.

    Dans ces moments de blues, dites-vosu que la viticulture valaisanne à besoin de vous !

    Au plaisir de vous lire dans ce blog et ailleurs !

  3. Christian | 18 février 2014 at 17 h 45 min #

    Tes articles sont aussi appréciés par les professionnels au-dela du Valais.
    Dans ma région, nous sommes plusieurs à lire régulièrement tes papiers et ainsi mieux connaître le Valais viticole.
    En plus, ils nous font réfléchir et viennent de nous permettre de nous positionner contre ces satanés MCR.
    Merci!

  4. Alfredo | 18 février 2014 at 21 h 30 min #

    On fera la tournée des caves ouvertes un glucomètre à la main, et on rapportera illico presto le nom de tous les échantillons douteux. Pire que le tour de France…

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