Viti 2020: du pain sur la planche

Les vins valaisans vont bien. Beaucoup de crus remarquables, pas mal de vignerons-encaveurs passionnés, et quelques grandes caves qui misent elles-aussi d’abord sur la qualité. On peut donc l’affirmer sans hésiter: une part non-négligeable du vignoble valaisan est remarquablement mis en valeur par des gens qui aiment ce qu’ils font, qui chérissent leur terroir, qui magnifient notre remarquable patrimoine. Des gens qui aiment le vin et grâce à lui gagnent de l’argent plutôt que des gens qui aiment l’argent et font du vin pour en gagner.

Par contre, l’ambiance générale qui règne dans le monde vitivinicole valaisan me laisse de plus en plus sceptique. Au-delà des discours volontaristes et pommadés, les foyers de conflits sont presque aussi nombreux que sur notre belle planète. Un exemple ? Lorsque l’IVV, dans son rapport annuel, parle de la Bouteille Valais qui devra donner un peu d’unité aux Grands Crus valaisans, elle parle d’un signe distinctif et rassembleur. Ce dernier mot étant en couleur, en caractère gras et en souligné. La méthode coué illustrée, puisqu’on sait que tant du côté de Salquenen que de Fully, on n’est pour le moins pas enchanté de cette obligation. Et qu’on évoque même u ne possible sécession. Personnellement, je partage l’idée qu’un signe distinctif facilement identifiable est indispensable à la valorisation des Grands Crus qui souffrent déjà d’un manque criant de clarté pour le consommateur. Mais force est de constater que cette bouteille risque bien de diviser plus que d’unifier. Ce qui fait que à mon sens, le Grand Cru, comme sommet de pyramide pour la viticulture valaisanne, c’est déjà foutu! Et ça l’était déjà lorsqu’on n’a pas eu le courage de cantonaliser la démarche, optant pour des Grands Crus communaux avec un cadre cantonal… Mais bref, ce n’est là qu’un exemple.

Unifier, un challenge bien difficile! Entre ceux qui veulent la peau des autorités vitivinicoles cantonales, ceux qui prônent une totale dérèglementation de la viticulture – et ce sont souvent les mêmes – entre ceux qui appellent une révision de l’Ordonnance sur la vigne et le vin plus restrictives pour éviter le tout et n’importe quoi, ceux qui veulent plus d’aides financières étatiques, ceux qui réclament un blocage financement, ceux qui en veulent aussi, mais sans aucune contrainte, ceux qui veulent sucrer le mauvais vin qu’ils ont vinifié pour le rendre meilleur et ceux qui le font déjà depuis belle lurette, ceux qui refusent toute compromission pouvant nuire à la qualité, entre tous ces courants et bien d’autres encore, on n’est pas prêt à se mettre d’accord.

En lançant VITI 2020, alors qu’on n’est jamais arrivé au stade final de VITI 2015, l’Interprofession s’attelle à une tâche qui ferait passer les 12 travaux d’Hercule pour un parcours de vacances pour résidents du Club Méd. Bien sûr, VITI 2015 ayant été initié et conduit par l’Etat du Valais, on pouvait s’attendre à ce que les farouches libéraux n’aient de cesse de couler ce projet. Ce qu’ils ont parfaitement réussi. Le projet VITI 2020 aura donc le mérite d’être initié par la profession, ce qui peut lui donner une chance de réussir.

Yvan Aymon sera le consultant de l'IVV pour Viti 2020

Yvan Aymon sera le consultant de l’IVV pour Viti 2020

Cette initiative louable de l’IVV dispose d’un autre atout: le bon choix de l’Hercule local, ou serait-ce plutôt Nicolas de Flüe, ou un croisement des deux, en la personne d’Yvan Aymon. Un gars compétent, qui connaît bien le milieu (il fut responsable du marketing chez Provins), et qui sait aussi obtenir des compromis sans pour autant vendre son âme et édulcorer à l’excès ses objectifs initiaux. L’homme s’est mis au travail avec son habituel enthousiasme. Et j’ose y croire.

Tags:

About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.
No comments yet.

Laisser un commentaire