Consommation: des Vaudois irrésistibles

Quelques constats tirés du rapport  L’année viticole 2013 publié par la Confédération.

– La consommation totale de vins suisses et étrangers, qui englobe les produits industriels et les produits exportés, a augmenté pour s’élever à 272,5 millions de litres en 2013.
– Cela correspond à une augmentation de 5,5 millions de litres (+2%)
– La consommation de vins rouges a légèrement diminué pour s’établir à 182,9 millions de litres (-0,7 million de litres ou -0,4%)
– La consommation de vins blancs a augmenté, passant à 89,6 millions de litres (+6,2 mio de litres soit +7,4%)
– La consommation de vins suisses a repris les couleurs, et pas qu’un peu, si l’on en croit ces chiffres: 106,9 mio de litres (+9,8 mio de litres ou +10,2%).
– La part de marché des vins suisses  s’établit à 39,2% (+2,9%). Elle est de 59,4% sur les blancs (+3,9%) et 29,3% sur les rouges (+1,7%).

Des résultats quasi miraculeux, n’est-il pas ? Deux paragraphes du communiqué officiel ont tendance à les relativiser…

L’augmentation de la consommation de vins suisses pourrait être due en partie à la mesure d’allègement du marché décidée par le Parlement. Cette mesure, qui a été limitée à fin 2014, doit aider à normaliser la situation difficile des ventes sur le marché suisse du vin liée à limportante récolte 2011. Celle-ci s’est traduite en 2013 par le déclassement et la vente de quelque 3 millions de litres de vins d’appellation d’origine contrôlée dans la catégorie du vin de table, qui est meilleur marché. 

Le calcul de la consommation est le chiffre obtenu en additionnant les stocks disponibles fin 2012 et la récolte de 2013, déduction faite des stocks restants fin 2013. Il faudra observer l’évolution de la consommation sur plusieurs années pour pouvoir tirer des conclusions pertinentes. Il n’en demeure pas moins que le vin suisse semble avoir à nouveau le vent en poupe. 

Voilà qui est dit. Revoyons maintenant les chiffres de consommation totale des vins AOC (en litres)

Suisse romande: 86’459’000
Suisse alémanique: 13’830’700
Suisse italienne: 5’198’400
Total AOC : 105’479’000
Total Non AOC: 1’420’000

On voit que la part des non AOC ne représente que 2 à 3%, ceci pour pouvoir comparer les données.

Et là, on commence franchement à s’étonner. Plus grand canton viticole, le Valais n’est pas concerné par la hausse. Au contraire. La hausse de plus de 10% se concentre donc sur les deux tiers de la production suisse. Miraculeux!
Valais, consommation totale, Vins AOC: 38,479 mio de litres (contre 38,581 en 2012)
Vaud, consommation totale, Vins AOC: 32,449 mio de litres (contre 25,419 en 2012)
Genève, consommation totale, AOC: 10,333 mio de litres (contre 9,257 en 2012)

Surfaces viticoles: Valais 4975 ha, Vaud 3783 ha, Genève 1434 ha

Bon, je vous laisse calculer. Sur les 9,8 mio de litres de vins suisses consommés en plus, plus de 7 millions seraient des vins vaudois AOC.
Soit on tire un grand coup de chapeau aux Vaudois, soit on se dit qu’ils ont fait un redoutable allègement du marché, soit on met en doute les statisticiens de Berne. Je vous laisse choisir. J’attendrai donc quelques années pour disposer de « conclusions pertinentes », car celles-ci, à l’évidence, ne le sont point. Et tant pis pour ceux qui font déjà cocorico. Ils tomberont de plus haut.

VinVaudoisF

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.

7 Responses to “Consommation: des Vaudois irrésistibles”

  1. Fabbi Sébastien | 23 avril 2014 at 0 h 34 min #

    Je reviendrai la semaine prochaine plus en détails auprès de Paul Vetter pour parler de cette forte augmentation de la consommation en général mais également de la consommation de vins suisses en particulier. Certes il ne faut pas s’enorgueillir de ces chiffres et le Valais a encore une belle marge de progression mais ce que je peux vous assurer c’est que l’ofag a contrôlé les chiffres dans tous les sens. En effet ils ne croyaient pas possible une telle augmentation – forme de suissitude somme toute. -Pourquoi les vins vaudois ? C’est encore à analyser en détails mais quoi qu’il en soit bravo pour le travail accompli ! Et pour le Valais je dois avouer être plutôt serein. Avec un majorité de perles et un canton viticole plus que locomotive depuis plusieurs années déjà il faut continuer à capitaliser…surtout du côté de la promotion tout en pérennisant les activités déjà mises en place. Le reste du monde commence très sérieusement à s’intéresser à nos vins…ce qui revient à dire que non seulement nos volumes, même limités vont continuer à se vendre, mais surtout l’objectif est d’augmenter la valeur…tant pour ceux qui vendent les vins que pour ceux qui se battent pour vendre des raisins de qualité. Santé et soyons optimiste (une fois n’est pas coutume dans notre beau pays). Sébastien

    • Paul Vetter | 23 avril 2014 at 7 h 34 min #

      Mettre en doute ces chiffres me paraît une évidence. Et ce n’est pas pour autant mettre en cause votre excellent travail. Mais auriez-vous travaillé majoritairement pour les vins vaudois ? A moins que tout soit à mettre au compte du génie de Pierre Keller ? Allez, on va bien trouver l’erreur de virgule, comme pour les épinards de Popeye! Ce n’est qu’une question de temps.

  2. François Campart | 23 avril 2014 at 9 h 45 min #

    Disons que chez nous, dans le canton de Vaud, on entend souvent des nouvelles à propos de Pierre Keller et de la promotion qu’il fait de notre vin et tant mieux. Je ne me rappelle pas en avoir entendu parlé pour le vin Valaisan, mais je n’habite pas en Valais et peut-être ai-je râté quelques infos 🙂

    Cela dit, les chiffres me semblent un peu exagérés quand même. Mais une chose est sure, les vins Suisses ont le vent en poupe quant à l’exportation.

  3. Christophe Chappuis | 24 avril 2014 at 5 h 29 min #

    Bonjour chers amis du vin !
    Je pense effectivement que le résultat vaudois est légèrement faussé par les mesures d’assainissement du marche.
    Mais, en tant que producteur, je peux vous assurer que la promotion faite au niveau national, cantonal et régional porte ses fruits. Le stock de vin vaudois a rarement été aussi faible que cette année. Si il est vrai que la production a été faible en 2013, le millésime 2012 a été fortement demandé et le nouveau est rapidement mis en bouteilles pour répondre cette demande.
    Nos vignerons retrouvent des couleurs, en tous cas à Lavaux, grâce à l’augmentation du prix du vrac et à une meilleure valorisation de leur stock bouteilles. Mais leur sourire pourrait disparaître si l’initiative Sauver Lavaux 3 de Franz Weber était acceptée le 18 mai.
    En ce qui concerne la forte progression des vins vaudois, je pense qu’elle est en grande partie due au travail de l’office des vins vaudois, au succès des portes ouvertes cantonales, à l’intérêt progressif des médias et au travail de qualité de tous nos vignerons.
    Le vin suisse a le vent en poupe, faisons le savoir.

    Christophe Chappuis
    Président des vins de St-Saphorin

    • Paul Vetter | 24 avril 2014 at 15 h 45 min #

      Je suis heureux pour les vins vaudois. N’y voyez aucune jalousie. Juste un peu de scepticisme. Une progression de 28% des ventes de vins AOC, c’est pour moi de la science-fiction. Même « légèrement faussés », ces chiffres me semblent incroyables. Je crois à l’effet Keller, au bon travail de promotion. Mais il y a des limites…

  4. Pierre Thomas | 27 avril 2014 at 9 h 43 min #

    Et voilà, après longue réflexion pascale, un éclairage sur la question du « miracle » vaudois:
    http://www.thomasvino.ch/?p=11915

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  1. Swiss wine consumption: new figures spark reactions - Ellen's Wine World - 30 avril 2014

    […] Paul Vetter, journalist with Canal 9 television in canton Valais, commented on the new FOA figures last week and he raised the question why canton Vaud saw a real rise in consumption while Valais showed slightly lower consumption, based on his review of the FAO figures. He questioned the validity of the figures overall, finding many of them “odd”. […]

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