Il est urgent de segmenter…

Faut-il interdire le coupage des vins. On le sait (ou on ne le sait pas encore), c’est déjà le cas pour le Chasselas (Fendant). Nos députés ont choisi de faire de même pour l’Arvine. Et cela fait bondir certains dans la profession.

Petite Arvine

Petite Arvine

Récemment, dans une tribune publiée dans le Nouvelliste (Chronique « Les Vendredis de la viticulture »), Frédéric Rouvinez (Rouvinez Vins et Caves Orsat) écrivait:  « Pourquoi ne dit-on pas que le coupage des vins n’est pas une maladie honteuse, mais un réel outil de travail qualitatif en cave ? »  Une question, ou plutôt une affirmation, qui m’a franchement étonné. Que peut-on rajouter à une Arvine de qualité pour qu’elle soit meilleure ?

Ce vendredi, le jeune et dynamique patron met de l’eau dans son … euh, pardon,  nuance heureusement son propos initial.  « Je ne dis pas qu’il est impossible de faire du vin pur. Vu l’hétérogénéité de notre vignoble, ce défi est peut-être réaliste sur 50% de nos surfaces, le reste, les oenologues doivent le travailler à la cave. »  Ouf, là ça va mieux.

On ne va pas ergoter sur quelques pourcents en plus ou en moins. Ce qui pose très clairement problème dans le débat, c’est qu’une telle mesure, comme d’autres déjà décidées, concerne tous les vins AOC, c’est-à-dire la quasi-totalité (98%) des vins du canton. Et je suis entièrement d’accord avec Frédéric Rouvinez: on ne peut pas dire que 98% des Petites Arvines sont de grands vins. Je dirai même que limiter l’interdiction de coupage à 30% des vins, le sommet de la pyramide qualitative, serait largement suffisant. Et je suis aussi d’accord avec lui quand il dit qu’une bonne part des Petites Arvines (les médiocres) peuvent profiter d’une association soigneusement choisie avec un ou plusieurs autres cépages. Cela fait,  méritent-elles encore de porter cette noble appellation? C’est une question dont il faudra débattre.

Mais, car il y a un mais… Exceptionnels ou médiocres (donc améliorables), nos vins sont tous ou presque vendus avec pour seule indication les trois lettres de l’AOC. Il est donc urgent de segmenter nos crus en 3 catégories qui restent encore à désigner. Le sommet de la pyramide qualitative qui répondrait à un cahier des charges condamnant toutes les pratiques choquantes pour les puristes mais autorisées sous d’autres cieux: ajouts de copeaux, édulcoration des vins finis, coupage excessif, … En deuxième ligne, le gros du peloton, les vins AOC, qui correspondraient grosso-modo à la réglementation actuelle, notamment en matière de coupage.  Et enfin, les vins industriels pour lesquels tout ce qui est autorisé dans le reste du monde, même le pire, pourrait l’être aussi. Avec évidemment trois catégories de prix et une signalétique évidente pour le consommateur.

Vous l’aurez peut-être noté, j’ai parlé de « coupage excessif ». Car je ne suis pas un ayatollah  du vin « pur », qui, à mon avis, compliquerait, inutilement la vie des cavistes. Une petite tolérance de quelques pourcents (5 pour prendre un chiffre qui semble acceptable pour tout le monde), pour recaper une barrique, par exemple, pourrait être autorisée. Mais évidemment, ceux qui veulent aller jusqu’à la pureté intégrale sont encouragés à le faire.

On sait que l’Interprofession, dans le cadre de Viti 2020, travaille sur de nouvelles orientations. Selon les échos qui s’échappent du conclave, une meilleure segmentation de la production valaisanne constituerait l’une des priorités. Reste à voir comment cela se résoudra concrètement. L’espoir existe de voir le problème résolu une bonne fois pour toutes. Mais je reste prudent avant de crier victoire, car dans le monde du vin, les révolutions courageuses sont plus rares que les changements cosmétiques.

 

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About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.
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