Abécédaire des cépages: le Cornalin (1)

Chapitre 13 de l’abécédaire des cépages cultivés en Valais. Un chapitre un peu spécial, puisque consacré au cépage rouge vedette du canton: le Cornalin.

Cornalin 140913-04ptOrigine –  Le Cornalin est issu d’un croisement naturel du Petit Rouge et du Mayolet, deux cépages cultivés au Val d’Aoste (Italie). On peut donc légitimement lui attribuer des origines valdôtaines. Mais il faut tout de même préciser qu’on n’a jamais retrouvé ne serait-ce qu’un cep de notre Cornalin valaisan de l’autre côté du Grand-St-Bernard. Et comme ce cépage est interdit de plantation dans le Val d’Aoste – il ne fait pas partie des cépages autorisés – on peut donc tout aussi légitimement le considérer comme Valaisan. Un pas que je franchis allègrement.
Ceci dit, l’appellation Cornalin est récente. On l’attribue dès 1972 à celui qu’on appelait jusque-là Rouge du Pays. Conscient que ce nom peu porteur évoque plus un gros rouge qui tache qu’un vin de haut-de-gamme, Jean Nicollier, l’oenologue responsable de la Station d’essais viticoles du canton du Valais, propose cette année-là de le baptiser Cornalin, du nom d’un cépage valdôtain présentant des similitudes avec notre Rouge du Pays. Récemment, José Vouillamoz a pu déterminer que le Cornalin valdôtain est en fait le même cépage que notre Humagne rouge valaisanne.
Au mentionne souvent le fameux Registre d’Anniviers qui, en 1313 déjà, mentionnait notamment un cépage baptisé Neyrun. Mais rien ni personne n’a pu démontrer qu’il s’agissait du Rouge du Pays, ni même d’un cépage rouge. Pour José Vouillamoz, la première mention qui pourrait être considérée comme évoquant le Rouge du Pays daterait de 1812. Pour en savoir plus à ce sujet, lire l’Origine des cépages valaisans et valdôtains de José Vouillamoz et Guilio Moriondo. (Ed. du Belvédère).

Surfaces – Le Cornalin n’est significativement implanté qu’en Valais. Les statistiques suisses font état d’une (ou plusieurs) parcelles pour un total de 1254 mètres carrés à Genève. Dans le Val d’Aoste, ce cépage ne fait pas partie de la liste des variétés autorisées. Deux producteurs tentent une expérience avec quelques centaines de plants chacun. C’est tout à ma connaissance.
En Valais, par contre, il a fortement progressé ces dernières années pour atteindre un total de 128,6 ha aux vendanges 2013.  On n’en dénombrait que 11,3 ha en 1991 puis 37,5 ha en 2000, 89,4 ha en 2005 et 119,6 ha en 2010.

Production – En 2013, petite année quantitative, on a récolté 927’525 kg de Cornalin, soit 732’937 litres. On peut donc affirmer que la production valaisanne de Cornalin, bon an, mal an, se situe aux alentours du million de bouteilles, peut-être un peu moins si l’on compte les volumes utilisés en assemblage.
Leytron est la plus grande commune productrice de Cornalin, avec 128’566 lt l’an dernier. Une première place qui doit beaucoup au vaste Domaine de Montibeux dédié au Cornalin. Une propriété des Domaines Rouvinez à Sierre.
Chamoson suit à belle distance avec 88’329 lt produits en 2013, devant Sierre (74’315 lt), Conthey (58’986 lt), Sion (50’774 lt), Salquenen (41’106 lt), Saillon (26’401 lt), Fully (25’519 lt), Loèche (24’311 lt), Saxon (23’058 lt), Chermignon (21’692 lt) …
On constate que la majorité des communes de rive gauche – à l’exception notable de Saxon – et des communes situées au-dessus Loèche n’ont que peu ou pas de Cornalin dans leur encépagement. Et ce n’est pas une surprise.Cornalin 140913-06pt

A noter qu’en 2012, j’avais fait quelques petits calculs pour déterminer quelle était la « Capitale valaisanne » du Cornalin. Voici le résultat basé sur les chiffres 2011. Mais ils sont assurément toujours valables dans les grandes lignes,
Leytron est bel et bien la capitale du Cornalin. Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais tout simplement la statistique. Et là, tout (ou presque) parle en faveur de Leytron qui s’impose doublement. C’est dans cette commune qu’on produit la plus grande quantité de Cornalin (136′000 litres aux dernières vendanges), devant Sierre (118′000 litres) et Chamoson (93′000 litres).
Rapporté à la taille du vignoble, Leytron s’impose à nouveau. On y produit 535 litres de Cornalin par hectare de vignoble, contre 477 lt/ha à Loèche et 426 lt/ha à Sierre.
Mais il est un domaine où Leytron n’est pas en tête. Le Cornalin n’y est que le 6e cépage le plus planté, le 5e cépage rouge, derrière le Pinot noir, le Gamay, la Syrah et l’Humagne rouge. C’est à Salquenen que le Cornalin est le mieux placé: 4e cépage et 2e rouge derrière le roi Pinot noir.
Et Lens, me direz-vous ? La commune qui héberge la fête du Cornalin et la Maison des Cornalins figure dans les profondeurs des classements. On n’y a produit que 14′000 litres de Cornalin l’an dernier, soit seulement 110 litres par hectare de vignoble. Et le Cornalin n’y est que le 9e cépage, le 4e rouge derrière le Pinot noir, le Gamay et l’Humagne rouge. Mais c’est sur cette commune que se trouve la plus vieille vigne de Cornalin – franc de pied, s’il vous plaît !

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About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.
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