Des vins trop bons, ça existe !

10 millésimes d'une très grande "Petite Arvine"

On m’avait dit que les querelles stériles, c’était du passé. Que l’arrivée de sang neuf dans certaines entreprises allait permettre aux vieilles rancunes de s’éteindre. Que chacun allait chercher à comprendre l’autre. J’y ai vraiment cru… et ma déception est d’autant plus grande de voir que rien ne change, que la chasse est toujours ouverte, que profitant d’une chronique mise à disposition par le Nouvelliste, on instille subrepticement, avec certes plus ou moins de finesse, et quelques complicités aussi, des messages visant à affaiblir ceux qu’on fait semblant de considérer comme des partenaires.

Après avoir clamé que, à l’exception des Champenois,  « le vigneron suisse est le mieux payé au monde » (honte à ceux qui ne s’en étaient pas aperçus), on s’attaque avec une douce violence – si vous me permettez cet oxymore – aux instances étatiques, Office de la viticulture en tête. On lui reproche de ne pas avoir géré assez énergiquement la crise de la fameuse drosophile suzukii. En tout cas moins bien que les Vaudois, suprême insulte enrobée dans le miel. Avec des affirmations souvent fallacieuses qu’on peut démentir en trois clics sur internet. Est-ce à dire que les collègues de la Côte ou de Lavaux ont eu des vendanges bien plus « sereines » ? L’histoire ne le précise pas; les commentaires en voix OFF émanant de la profession le contredisent.

Mais ce qui m’a fait le plus bondir, ce sont les attaques frontales visant à démanteler le Domaine du Grand-Brûlé à Leytron. Vignerons, cavistes et oenologues de l’Etat y font leurs expériences, y mènent des recherches avec des résultats mesurables, comme celles qui ont permis, en partenariat avec l’Agroscope et les Pépiniéristes valaisans d’aboutir à la fameuse et très demandée Sélection Valais. Quand on lit que ce n’est pas la mission de l’Etat de faire de bons vins, les bras m’en tombent. S’ils étaient moins bons, quel crédit pourrait-on accorder à ces professionnels chargés de dispenser des conseils aux vignerons et vinificateurs qui viennent les consulter ? Ne profiterait-on pas de l’occasion pour les « dégommer » joyeusement, pointant du doigt la naturelle et viscérale  incompétence des fonctionnaires ?

Mais comme les vins sont bons, autant en profiter, se disent les plus malins. D’où la suggestion émise, sur un modèle vaudois (on n’a jamais autant pris en exemple le voisin souvent moqué!), de mettre les vins de l’Etat aux enchères, des enchères réservées aux négociants et encaveurs. Une proposition à laquelle je ne vois qu’un avantage évident: il permettrait à certains de trouver des lots de vins d’adjonction (souvent désignée par coupage). Et là, effectivement, le coupage à 15% serait réellement, dans bien des cas, une pratique qualitative. Car elles ne sont pas si nombreuses les bouteilles de Petite Arvine qui ne profiteraient pas d’une adjonction … de Petite Arvine du Grand-Brûlé.

 

NF 24-10.2014

NF 24-10.2014

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.

4 Responses to “Des vins trop bons, ça existe !”

  1. Luc | 27 octobre 2014 at 13 h 01 min #

    Bonjour.
    Un éclaircissement sur la vente aux enchères des vins de la Ville de Lausanne; les lots sont vendus aux négoces et aux privés, uniquement en bouteilles.

    • Paul Vetter | 27 octobre 2014 at 17 h 16 min #

      Merci, je le savais, mais j’ai repris la version citée par l’auteur de la chronique, qui dans son texte réservait cette vente aux encaveurs et négociants. Méthode qu’il préconise, semble-t-il, pour les vins de l’Etat du Valais.

  2. FR | 28 octobre 2014 at 21 h 20 min #

    Cher Paul,

    Je ne comprends pas vraiment la virulence de ton billet. En plus il me semble que tu mélanges beaucoup de choses et que tu mets dans ma bouche des propos qui ne sont pas le fond de mes pensées.

    Vouloir démanteler le domaine du Grand Brûlé, dire que le service de l’agriculture est incompétent, ce n’est absolument pas ce que j’ai dit ou voulu dire!
    Ton analyse est erronée et c’est grave pour un journaliste de ton niveau. Ne penses- tu pas que tu frises la diffamation?

    À te lire on croirait vraiment que c’est la guerre des tranchées, alors que ce n’est à mon sens pas le cas. Le climat dans la branche est bon, en tout cas le devient. Vraiment je ne comprends pas comment tu peux laisser penser aux lecteurs des choses aussi graves.

    À te lire, j’en retiens qu’il ne faut surtout pas dire ce qui se fait de bien dans les autres régions, car le lecteur pourrait alors se demander si on fait de même chez nous? Bravo pour l’ouverture d’esprit.

    Tu dis « On lui reproche (cf. Le service de l’agriculture) de ne pas avoir géré assez énergiquement la crise de la fameuse drosophile suzukii »
    L’ai-je dit?

    Dire que les vaudois ont sorti des bons bulletins sanitaires, ce n’est pas dire que les fonctionnaires valaisans sont incompétents. Si tu lis correctement, je parle aussi des valaisans : « Histoire cocasse à ce sujet d’ailleurs, la Société des Encaveurs du Valais, en plus des bulletins valaisans naturellement, a recommandé de transmettre à ses viticulteurs les bulletins Vaudois… »

    Dans ce dossier la SEVV aurait-elle dû se priver de transmettre de bons bulletins à ses membres par la seule raison qu’ils provenaient d’une autre région?

    Tu dis « Quand on lit que ce n’est pas la mission de l’Etat de faire de bons vins, les bras m’en tombent »
    Mais tu as été chercher ça où? Je l’ai dit où?

    Dire que je trouve la méthode de vente aux enchères de la ville de Lausanne sympathique et utile pour la branche ne veut pas dire comme tu l’affirme avec des raccourcis douteux que je veux démanteler le domaine du Grand Brûlé. Qui serais-je pour dire cela, et d’autant plus que je trouve leur travail admirable. Comme tu le dis la sélection Valais est recherchée et leurs vins sont excellents. Mais effectivement, si une vente aux enchères d’une partie de leurs vins pouvait donner un indicateur sur le millésime, des prix de référence et faire parler du vin du Valais en bien, je reconnais que ce serait un outils dont la filière serait certainement très fière. Mais ça ne remet en rien en cause la raison d’être du domaine.

    Non vraiment je ne comprends pas ton billet. On est dans quoi pour un monde, il ne faut surtout pas dire ce qui marche chez les autres? On est tous jaloux du voisin? On ne peut pas avoir un minimum d’ouverture d’esprit?

    Enfin, on ne va pas laisser la situation comme ça, on en parle en ON, en OFF, ou autour d’un verre de Merlot du Domaine du Grand Brûlé si tu veux, mais parlons-en!

    PS: et tu dis au début : « profitant d’une chronique mise à disposition par le Nouvelliste, on instille …, et quelques complicités aussi, des messages … »
    C’est de la paranoïa, c’est la grande théorie du complot, mais qui sont donc mes complices alors? À part mon épouse qui relis mes textes pour des raisons orthographiques…

    • Paul Vetter | 29 octobre 2014 at 18 h 27 min #

      Ouf! J’ai mal compris… Plus sérieusement, mon cher Frédéric (permets cette familiarité, puisque je pourrais largement être ton père)…
      Cher Frédéric, donc, n’ayant pas le temps de répondre par le menu à ton très long commentaire, je me contenterai d’un ou deux points.
      Depuis que tu as écrit ton texte, et plus encore depuis mon billet indigné, j’en ai discuté avec pas mal de gens, certains qui te donnent raison, d’autres qui te donnent tort, mais personne encore qui en a fait une interprétation différente de la mienne. Et cela même si tu joues admirablement bien au naïf que tu n’es assurément pas. Tremper sa plume dans le miel adoucit les apparences, mais pas le fond. Quelle interprétation crois-tu qu’on a fait de tes propos à l’Office de la viticulture, dans les caves ou les vignes du Domaine du Grand-Brûlé ? Penses-tu un instant que ton billet a contribué à faciliter les prochaines discussions ? Je suis de près depuis assez longtemps les « querelles de clans » qui affaiblissent la viticulture valaisanne pour comprendre les motivations des uns et des autres. Mais si réellement nous t’avons tous si mal compris, il est temps pour toi de renoncer à ce type de billets. Ou pour le moins d’etre moins allusif et plus bassement factuel!
      Pour ce qui est de la phrase « Ce n’est pas la mission de l’Etat de faire de bons vins », elle est tirée d’un édito du Nouvelliste qui n’est pas de ton fait et j’aurais dû le préciser, je le concède. Si j’en ai parlé, c’est parce que depuis que tu tiens chronique, je retrouve beaucoup de similitudes entre tes textes et les éditos du journal. Osmose inverse? Capillarité? Ou peut-être simplement une grande force de conviction?
      Pour ce qui est de la vente aux enchères, tu infléchis beaucoup ton écrit initial (tu n’as par exemple jamais écrit qu’il s’agissait d’une « partie » des vins seulement). Mais à part ça, que veux-tu que les négociants et les encaveurs (à qui tu réservais l’enchère) fassent de vins mis en bouteilles et étiquetés au nom du Domaine ? Qu’ils les vendent à la place de leurs propres crus?
      Pour le reste, c’est volontiers que je discuterai point par point ton texte et mes réactions. Tu sais comme j’aime l’exercice du débat d’idées.
      Cordialement
      Paul

      PS. Une personne siégeant à l’IVV m’a dit en substance ceci pour expliquer ton attitude: « Si on lui a confié une chronique, c’est bien pour qu’il soit un peu provocateur… ». J’appréciais mieux la version consensuelle.
      PPS. Un autre membre du comité de l’IVV m’a expliqué que tu avais essayé le consensus et que, puisque ça ne marchait pas, tu avais désormais opté pour davantage de confrontation.
      Comme tu le vois, on m’a expliqué ta virulence, mais personne ne m’a dit que j’avais mal compris le sens de tes paroles.

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