Viti 2020: du bon et du moins bon

Difficile de résumer en quelques lignes la stratégie vitivinicole valaisanne à l’horizon 2020. Je vais tout de même tenter l’exercice, sachant que je vais revenir ces prochains jours (ou prochaines semaines) sur nombre de ces propositions. Car il y a à boire et à manger dans cette stratégie. Du très bon, mais aussi du moins bon. Et cela mérite qu’on s’y attarde.

Les mots-clés d’abord: diversité, proximité, responsabilité.

Diversité: un terme qui peut paraître anodin, mais qui implique un virage à 180 degrés dans la stratégie valaisanne. Depuis le début des années 2000 (et peut-être même avant, puisque la fameuse Sélection Valais a été initiée dans les années 90), sous l’impulsion du canton, le Valais vitivinicole a d’abord misé sur ses spécificités, sur ce qui fait sa richesse et son originalité, je veux parler de ses cépages autochtones. Souvenez-vous de la campagne Petite Arvine et Cornalin qui a largement contribué à faire connaître ces joyaux de notre viticulture. Depuis, on a déjà changé de cap, en misant la promotion sur huit cépages ou vins que personne aujourd’hui (ou si peu) n’est capable de citer de mémoire.  Et bien on va faire mieux encore désormais, en misant sur la grosse cinquantaine de variétés plantées en Valais. Et on demande même d’accroître la liste des cépages autorisant l’AOC.

Avantages de la diversité cités dans le rapport: elle est l’un des concepts qui résument le Valais, c’est ce qui différencie notre région des autres aires viticoles de la Suisse, et elle permet de miser sur tous les cépages ce qui limite les risques au niveau économique. Nous serons donc des spécialistes du généralisme. On ira visiter la Gruyère parce qu’on y trouve aussi de l’emmenthal et du sbrinz.

Après ce préambule, revenons sur quelques points importants du rapport. Premier d’entre eux: disposer d’un vignoble de qualité rentable. Pour l’IVV, il faut essayer de conserver nos presque 5000 ha actuels. Un objectif qui permettrait de rentabiliser les investissements, de garder un volume suffisant pour les appétits des différents secteurs du marché, et permettant d’exister sur ces segments. Pour ce faire, on propose la création d’un fonds d’investissement pour la reconstitution des domaines, une sorte de banque viticole pour financer toutes les infrastructures qui doivent l’être. Et cela sur le principe du blocage financement, autrement dit, avec la garantie de l’Etat. On reviendra plus tard sur le rôle de ce dernier, vu de la profession. Notons encore une longue liste de « mesures pour un vignoble de qualité et rentable ». Cela va d’une « mise en place d’une politique de rajeunissement et de reconstitution de la vigne, qui fixe les conditions-cadres, mais pas les cépages » à « Réintégrer les tournières dans les droits de production » en passant par « Adapter les droits de production pour les vignes en forte pente. » Cela dit, c’est une sorte de voeu pieu. Mais cela aura au moins le mérite de pousser les acheteurs de vendange à rétribuer suffisamment les vignerons pour qu’ils conservent l’envie de travailler leurs parcelles.

Le rapport propose – et c’est très louable – de maîtriser la qualité et la traçabilité. La profession souhaite donc des contrôles sérieux et efficaces. Elle propose, comme l’Etat l’a fait récemment, une base de données unique gérant les données liées à la surface et celles liées à la production. Elle réclame aussi un contrôle de la production réelle des vins. Elle appelle encore de ses voeux des sanctions pour les coupables d’infraction, mais des sanctions proportionnées. A voir dans les années à venir ce que ce terme signifie exactement puisqu’il faudra définir une échelle de gravité des infractions. Elle suggère enfin des contrôles liés aux différentes catégories de vins. C’est bien!

Toujours dans ces mesures de traçabilité, la profession propose de supprimer les acquits papier. Pour l’IVV, les droits de production doivent reposer sur le registre des vignes. Et elle soutient la proposition étatique demandant l’abolition de la « globalisation des cépages » (un acquit commun à toutes les spécialités rouges ou blanches). Cela au profit de droits de production par cépage-parcelle et/ou appellation, grâce notamment à la création de « lots de parcelles ». L’IVV propose aussi d’introduire une limite de tolérance de 5% dans les limites de rendement de l’AOC, mais sans dépassement par rapport aux limites fixées par la Confédération.

ivvCela fait longtemps qu’on réclame une meilleure segmentation des produits de notre viticulture. L’AOC est aujourd’hui un fourre-tout où le meilleur côtoie le pire. Plus de 95% des vins peuvent arborer cette AOC qui n’est que ce qu’elle doit être – une attestation d’origine – mais pas ce qu’on croit qu’elle est, une marque de qualité. L’IVV propose donc d’introduire une nouvelle catégorie portant la Marque Valais. Une catégorie qui répond à des règles oenologiques strictes (pas de coupage, mais tolérance de 5%), des certifications, un embouteillage en Valais… En compensation, on propose d’assouplir l’AOC et probablement de réintroduire ainsi par la petite porte des pratiques aujourd’hui interdites: aromatisation aux copeaux, édulcoration des vins finis. On aurait pu garder ces pratiques « créatives » (sic) pour les vins de pays, le fond du bas-de-gamme au niveau exigences.

Curieusement, cette pyramide a été dessinée non pas en fonction des exigences, mais en fonction des prix (voir ci-dessus). Ce qui donne un drôle de schéma avec comme vins les plus chers, les Grand Crus (actuellement, la valeur moyenne est de 25 francs). En-dessous, donc moins chers, un méli-mélo des AOC pour lesquels tout est permis et des crus Marque-Valais aux exigences supérieures. Pour la clarté du message, bonjour Messieurs-Dames!

Bon, cet article est déjà bien trop long pour un format « blog ». Je m’arrêterai là pour aujourd’hui, non sans avoir encore relevé, sous la rubrique « autres mesures pour amener de la valeur ajoutée », la proposition « d’étudier la faisabilité, pour les domaines de l’Etat, de donner une indication de prix du marché au début du millésime par la vente d’une partie de ses vins aux enchères. »  Faudra qu’on m’explique le but de la manoeuvre. Pour les Hospices de Beaune, on n’a réussi qu’à aboutir à une mise aux enchères où sévissent les spéculateurs, et donc à une distorsion des prix.

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.

4 Responses to “Viti 2020: du bon et du moins bon”

  1. Cerrutti | 27 novembre 2014 at 14 h 45 min #

    Enfin les choses bougent et vont dans le bon sens. Bravo à M. Aymon pour son travail.
    Avec cette nouvelle pyramide des qualités on augmente les exigences sur certaines gammes de vin comme les grand cru et une partie des vins AOC marque Valais, ainsi l’on donne la possibilité aux acteurs de la filière de valoriser leur savoir faire dans les vins de qualités. Car ceux-ci ( les grands vins ) ne peuvent se faire qu’avec des exigences, un savoir faire, des contraintes et une communication évidente, simple et commune.
    Et l’AOC EU permet à la filière de valoriser des raisins de bonne qualité, qui se situent entre cette marque valais et les vins de pays. Car lorsque l’on a sélectionné l’excellence et ensuite le meilleurs il reste le bon et le moins bon et ce bon, justement, n’as pas sa place dans les vins de pays, qui est la place du moins bon.
    Mais également d’exorciser certaine pratique comme l’utilisation d’alternatif boisé et l’édulcoration qui sont des pratiques courante dans le monde ( la planète et pas le Valais ) vinicole et qui n’entache en rien ( lorsque qu’elles sont utilisées professionnellement et avec goût) la personnalités et le caractères des vins. Car ces 2 pratiques avant d’être une aromatisation et une édulcoration sont des outils qui permettent d’éviter d’utiliser d’autre produit bien moins éthique, et naturel ( mais autorisé dans l’AOC actuel et le guide des bonnes pratiques œnologique) que du bois ou du moût de raisin pour affiner, nettoyer, corriger, améliorer ces vins qui viennent de raisins de qualités et qui sont payés comme tel au vignerons, mais qui n’ont pas les exigences organoleptiques pour du grand cru ou de la marque valais mais qui font partie intégrante de notre vignoble et ont donc droit à une appellation d’origine valais et une valorisation autre qu’un déclassement en « vin de pays ».
    Je dis donc bravo à l’IVV qui, par ses propositions, font avancer un Valais qui attend depuis déjà quelques années des changements adaptés à notre époque!

  2. Jacques Disner | 28 novembre 2014 at 1 h 54 min #

    Commentaire très largement à la hauteur de la médiocrité des propositions faites… Merci de laisser le soin de juger à ceux qui ont le malheur d’en vivre… ABE…

    • Paul Vetter | 28 novembre 2014 at 10 h 40 min #

      Renseignement prix auprès de l’auteur (Jacques Disner), c’est bien au commentaire signé « Cerrutti » qu’il fait allusion.

      • Jacques Disner | 28 novembre 2014 at 10 h 54 min #

        Clairement 😉 Et s’il y a pu y avoir un doute, je m’en excuse platement 🙂

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