Viti 2020: la segmentation

Point capital de la réflexion Viti 2020, la nouvelle segmentation des vins du Valais. Voyons cela de plus près.

Le point de départ, d’abord. Actuellement, on a, tout au pied de la pyramide, les « vins de pays », qui regroupent tous les crus ne correspondant pas à l’AOC. Des vins déclassés, type goron, aussi bien que quelques crus de haut-de-gamme élaborés par exemple avec des cépages non agréés, type barbera ou fumin, par exemple. Au sommet de la zone AOC, les Grands Crus, mais existant uniquement dans certaines communes. L’AOC actuelle couvre donc une grande variété de vins, et de qualités surtout, puisque plus de 95% des vins valaisans sont AOC.

marque valaisNouveauté proposée par l’IVV: des vins labellisés « Marque Valais », situés juste sous les Grands Crus. Autrement dit, des vins AOC haut-de-gamme, avec un règlement bien plus contraignant. Notamment, une interdiction de coupage, mais avec une tolérance de 5% ainsi que l’obligation de vinifier et mettre en bouteille en Valais. Ajoutons-y pêle-mêle une certification Vitiswiss, un bilan CO2, le respect des secteurs d’encépagement ou des limites de rendement plus strictes. C’est clairement là une gamme qualitative qui manquait jusqu’ici et j’applaudis volontiers à la création de ces vins Marque Valais pour peu qu’ils ne nécessitent pas une paperasserie rédhibitoire, crainte déjà exprimée par nombre de vignerons-encaveurs.

Malheureusement, c’est l’AOC qui va payer ce saut qualitatif. J’espérais que le règlement AOC demeurerait inchangé, avec ses exigences contraignantes mais pas trop. Et c’est là que le bât blesse. L’IVV souhaite en parallèle de la « Marque Valais », assouplir l’AOC actuelle pour la rabaisser au niveau des règlements européens. Autrement dit, faire resurgir des pratiques aujourd’hui courageusement interdites comme l’aromatisation à l’aide de copeaux ou l’édulcoration des vins finis (MCR). J’avais imaginé que ces pratiques, certes employées à tout va sous d’autres cieux pour de tristes vins fort nourrissants au demeurant, seraient réservées aux vins de pays. Et bien non! Il faut croire que ceux qui avaient milité pour leur utilisation lorsque le problème s’était posé ont de la suite dans les idées.

Pour être juste, il faut préciser qu’en conférence de presse, le comité ne semblait pas encore unanime quant à l’utilisation des ces artifices de vinification digne d’un fabricant de soda. Et l’on a certifié que cela serait décidé en temps opportuns. L’espoir demeure, et même maigre, cela reste un espoir.

ivvA noter que, malgré la pyramide proposée, tout le monde s’accorde à dire que le prix ne dépendra jamais uniquement de la catégorie. Il est déjà des vins de pays remarquables, vendus à très bon prix. Il restera des crus AOC de qualité qui seront très bien commercialisés. Mais l’image de l’AOC en prendra un grand coup. Il suffisait de voir les réactions des journalistes généralistes découvrant les arcanes de la future AOC pour s’en convaincre.

Dans la nouvelle configuration, l’amateur de vin que je suis soutiendra volontiers avec enthousiasme le principe des crus  « Marque Valais ». Pas question par contre de miser sur une AOC qui permettra l’utilisation de pratiques oenologiques que je ne cautionne pas. Car on ne doit pas faire du vin comme du Coca-Cola.  En mai 1968 , les étudiants criaient « CRS SS », pour moi, ce sera « AOC CC ». CC comme Coca-Cola, bien sûr.

P.S. Je pourrais à la rigueur m’accommoder de l’emploi de ces pratiques « créatives » et « modernes ». Mais à condition qu’il soit obligatoire de mentionner leur utilisation sur l’étiquette (vin aromatisé aux copeaux de chêne et vin édulcoré au MCR). 

Tags:

About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.

3 Responses to “Viti 2020: la segmentation”

  1. Jacques Disner | 28 novembre 2014 at 11 h 16 min #

    Je partage pleinement ton point de vue. Je ne comprends pas cette volonté d’imposer une Marque Valais à plusieurs centaines de petites exploitations chez les vignerons-encaveurs. Au sortir de trois années difficiles, pour ne pas dire critiques, la seule chose dont nous n’ayons aucun besoin est une surcharge administrative supplémentaire.

    On va tirer la langue pour s’en sortir tant bien que mal, sans aucune aide particulière et nous aurons la joie de passer de nombreuses heures derrière un bureau. Seule mérite de cette proposition : assurer un travail régulier aux gestionnaires de la dite Marque… Bien joué !

    La seule évocation de dénaturer les AOC actuelles, avec des pratiques plus que douteuses, me hérisse le poil, mais à un point… Proprement scandaleux !!! Il ne manque plus qu’à interdire l’accès aux concours internationaux, nationaux ou régionaux et la boucle sera bouclée… En empêchant les petites exploitations d’y participer, on permettra enfin au plus grandes exploitations de former un petit club d’amis, assis sur leurs médailles.

    De plus cette pyramide ne tient absolument pas compte des modifications de règlements à venir… Car nul doute doute que si l’Europe passe de l’AOC à l’AOP, les suisses, bien que toujours non-européens, prendront un malin plaisir à s’y aligner:

    Et enfin le pire, à mon sens, lassés par les propositions de ces illuminés, une bonne partie de « petits » risque de se tourner de plus en plus vers le bas de cette pyramide, soit vers les vins de pays… Ceci pour autant, et cela pourrait bientôt devenir le cas, que les noms de cépages, de régions et le millésime soient acceptés pour ce règlement. Et là, pas sûr que la qualité sorte gagnante… Cette pyramide, pourrait du coup légèrement s’inverser.

    Et quel bonheur de voir, peut-être un jour, un Vin de Pays, devenir le meilleur vin de Suisse 😉

    • Paul Vetter | 29 novembre 2014 at 21 h 57 min #

      Après vérification, il n’a jamais été question de réserver l’accès aux concours (comme tu le laisses entendre) aux vins « Marque Valais ». Personne ne sait qui a lancé ce bruit qui court, assez vite d’ailleurs.

Trackbacks/Pingbacks

  1. Interprofession: parole au premier président (3) | Valais du Vin - 22 février 2016

    […] structurer une AOC ; on a les grands crus, les vins AOC, les vins de pays. Mais qu’on fasse des catégories dans l’AOC, c’est du grand guignol, c’est la catastrophe assurée. Il faut vraiment ne pas aimer […]

Laisser un commentaire