Tourmentin: 30 ans et pas une ride

Une dégustation pour marquer un anniversaire: les 30 millésimes du Tourmentin de Rouvinez Vins à Sierre. Le Tourmentin, c’est un vin pionnier pour la viticulture valaisanne. Pionnier pour l’élevage en barrique, pionnier parmi les assemblages modernes (excepté la Dôle, autrement dit). Quelques questions à Dominique Rouvinez, l’initiateur de ce vin résolument moderne et qui le reste 30 ans plus tard. Et ci-dessus, le sujet vidéo de Canal9.

Tourmentin 3

 

D’où vous est venue l’idée de produire le Tourmentin ?
On s’est inspiré de ce qui se passait à l’étranger, des grands domaines viticoles en Bourgogne, à Bordeaux, qui vinifiaient totalement leurs grands crus en barriques.

Vous avez commencé avec un vin monocépage, un Pinot noir …
Le ‘Pinot noir’ était le premier cépage cultivé en Valais, et en Suisse. Il l’était déjà à l’époque. pour nous, la matière première existait. On avait de vieilles vignes de ‘Pinot noir’. Et on a imaginé qu’avec ces vieilles vignes, il était possible d’élever des vins en barriques.

Les premières bouteilles...

Les premières bouteilles…

Vous avez dû limiter la récolte. Ce n’était pas la norme en 1983…
On était bien conscients, comme professionnels, que les vieilles vignes produisaient peu, produisaient naturellement de petites grappes, avec des petits grains. Donc, on a sélectionné au départ des parcelles qui avaient plus de 30 ans d’âge, des vieux ‘Pinots” en gobelet de presque 40 ans. Et là, on se retrouvait avec des rendements de 600, 700 ou 800 grammes au mètre.


Après cinq millésimes de ‘Pinot noir?, vous avez opté pour un assemblage. Pourquoi?
On cherchait un vin plus complexe, avec un peu plus de structure. On a cherché à y allier plus de tannicité, de couleur, de profondeur, de longueur. Grâce au ‘Cornalin’,à l’’Humagne rouge’, et à la ‘Syrah’, on a réussi à faire cet assemblage pour créer un grand vin.

Pendant quelques années, pas de mention AOC sur l’étiquette, pourquoi ?
Les AOC ont démarré en 1991 en Valais. Il n’a pas été prévu dans le règlement AOC d’avoir un assemblage d’un ‘Cornalin’ AOC avec une ‘Syrah’ AOC ou avec un ‘Pinot noir’ AOC. Ce n’était pas prévu dans le règlement. On nous a fait supprimer l’AOC pendant quelques années jusqu’à ce que le règlement ait été modifié.

Dominique Rouvinez (à droite) et son neveu Philippe

Dominique Rouvinez (à droite) et son neveu Philippe

Comment les clients et vos collègues ont-ils accueilli ce vin innovant pour le Valais ?
On sortait d’une école d’ingénieurs à Changins. On passait pour des novateurs, et on l’a été. Les clients nous ont fait confiance. Les gens disaient: des jeunes, une nouvelle génération, ils ont étudié, probablement  que c’est juste. Mais il y avait quand même un petit doute. C’était la curiosité, certains avaient un petit sourire en coin, en disant: bon, on va les laisser aller, on verra ce que ça va donner.

Les barriques

Les barriques

Vous étiez confiants à vos débuts ou est-ce que vous aviez des inquiétudes ?
Quand on démarre en 1983, dix barriques, dix barriques neuves pour des raisins issus de vieilles vignes de ‘Pinot noir’. Notre inquiétude, c’était d’avoir un vin légèrement dominé par le bois. C’était le cas au début, les 3 ou 4 premières années. Quand on dégustait le vin, il était parfois dominé par le bois. On s’aperçoit maintenant en les dégustant 25 à 30 ans plus tard, que ce bois s’est complètement fondu. Ce bois a disparu pour laisser la place à cette magnifique robe et à ce magnifique parfum du pur ‘Pinot’ qui nous rappelle certaines grandes régions où le ‘Pinot noir’ est roi, comme la Bourgogne.

Vous avez dégusté tous les millésimes pour proposer 15 vins en dégustation. Quel bilan ?
Ça a été une bonne surprise, parce que c’est la première fois qu’on fait une verticale de 30 millésimes. On s’attendait à avoir plus de déchet, entre guillemets. Parce que quand on fait une verticale de 30 ans, on peut dire qu’il y aura 20 à 30% de vins qui ont lâché, qui n’auront pas supporté le vieillissement.

Tourmentin foudres 1

Nouveau changement et nouvel investissement plus récemment …
En 2008, on a investi dans des foudres. Ce sont de grands récipients de chêne suisse. On fait un assemblage entre le vin vinifié dans ces foudres et le vin vinifié en barriques.

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About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.
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