Viti 2020: conserver nos 5000 ha…

Je pense que tous les gens intéressés par la viticulture valaisanne auront lu les pages consacrées à Viti 2020.

J’ai longuement hésité à mettre mon grain de sel dans ce débat. Mes relations étant ce qu’elles sont avec certains porteurs du dossier – il est très mal vu de ne pas être d’accord avec certains leaders professionnels – j’ai d’abord opté pour le silence. Surtout parce que j’ai souvent eu l’impression d’être seul à m’interroger sur la pertinence de nombre des options retenues.

Mais aujourd’hui, j’ai croisé un propriétaire-encaveur qui m’a affirmé que beaucoup de ses collègues sont peu favorables à cette vision de l’avenir de notre viticulture. Moi qui croyais que tout avait été décidé à la quasi-unanimité de la profession ! Bref, cela me redonne espoir en la profession. Je vais donc reprendre certains points du fameux rapport.

Pour commencer, le maintien (souhaité) des fameux 5000 ha. Précisons d’emblée que c’est déjà mal embarqué puisque nous sommes plus proche des 4900 que des 5000 ha. Bon an, mal an, le Valais perd, allez, à la louche, disons 70 ha de vignoble. Et ce n’est pas près de s’arrêter. La vigne aime le soleil, les gens aussi. Et les parcelles situées en zones à bâtir sont plus ou moins condamnées… Regardez ces photos de Miège…

 

Quelques villas au milieu des vignes...

Quelques villas au milieu des vignes…

Et une zone conquise où la vigne est en voie de disparition

Et une zone conquise où la vigne est en voie de disparition

 

 

 

 

 

 

 

A gauche, on voit le début du mitage du vignoble. Et à droite ce que cela donnera dans quelques années.

Vous l’aurez compris, parler de conserver 5000 ha tient plus du vœu pieu que d’un possibilité réelle. A moins d’ouvrir de nouvelles zones compensatoires, de replanter la vigne arrachée sur les meilleurs coteaux de la rive droite  dans des contrées moins favorables (rive gauche, vignes de plus haute altitude),  le vignoble valaisan poursuivra son érosion. Et lorsque j’avais posé la question aux auteurs du rapport, on m’avait certifié qu’il n’était pas question d’agrandir le cadastre viticole, même si les changements climatiques pourraient rendre exploitables, pour des cépages précoces en tout cas, des zones aujourd’hui dédaignées.

Le plus gros souci, c’est bien que les zones qui risquent de disparaître sont les plus ensoleillées et les plus escarpées. Et les vignobles gélifs de plaine, facile à mécaniser, seront bien plus convoités par les industriels du vin valaisan qui ne s’intéressent plus à de petites terrasses morcelées et demandant bien plus d’huile de coude que de fioul et d’huile de moteur.

Alors prenons le pari: d’ici 2030, le vignoble valaisan se contentera de 4000 ha ! Et bien des coteaux valaisans ressembleront aux photos ci-dessus… Mais heureusement, il restera toujours des vignobles comme celui-ci…

Vignoble des Bernunes

Vignoble des Bernunes

Plutôt que d’affirmer que l’objectif consiste à maintenir ce qui ne pourra pas l’être, il vaudrait mieux se demander que faire pour sauver les meilleurs coteaux, comment valoriser des vins dont les coûts de production seront assurément plus élevés que la moyenne. Et ce n’est en tout cas pas en militant pour la création de crus industriels que l’on sauvera les meilleurs terroirs du Valais.

Et pour celles et ceux qui ont manqué ce premier volet de la série du Nouvelliste: Nf 703 Taille vignoble

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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