Et les vignerons-encaveurs ?

Ils sont la substantifique moelle de notre vitiviniculture. Ils, ce sont les vignerons-encaveurs. Autrement dit, ceux qui maîtrisent la production d’un vin de la vigne à la vente et qui peuvent ainsi assurer une qualité sans faille. Leur statut de vigneron-encaveur implique qu’ils renoncent à des achats de vendange (ou presque, puisqu’ils ont droit à un petit apport). Parmi eux, la plupart des grands noms de notre canton. Ceux dont on s’arrache les bouteilles lorsque les années sont maigres ! Ceux qui font majoritairement la réputation de nos vins!

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Les vignerons-encaveurs se sont jusqu’ici engagés avec vigueur pour le maintien de règles qualitatives. C’est de leurs rangs qu’est partie la fronde contre la possibilité offerte d’inscrire dans l’AOC l’utilisation des copeaux de chêne. De leurs rangs encore qu’est venue l’opposition au rajout de moût concentré rectifié (MCR) préconisé par les alchimistes de la profession pour maquiller sous un fard de douceur une vendange insuffisante.

Aujourd’hui, dans la préparation de la politique vitivinicole valaisanne à l’horizon 2020 (VITI 2020), prise en main par l’Interprofession, on n’entend malheureusement plus les vignerons-encaveurs. Pourquoi ? Je l’ignore. Par manque de temps, manque d’information, manque de motivation… Allez savoir ! Symbole de ce silence assourdissant, l’absence de tout vigneron-encaveur lors du débat public organisé récemment par le Nouvelliste. Parmi les débatteurs, un vigneron professionnel (Eric Germanier), un patron d’entreprise vitivinicole (Frédéric Rouvinez), un communicateur (Yvan Aymon porte-parole de l’IVV) et un journaliste (le Vaudois Pierre Thomas). Je ne sais pas si l’on a cherché vainement un vigneron-encaveur pour représenter cette partie importante de la filière ou si on a les a tout simplement oubliés, mais il faut bien le dire: leur absence du débat a de quoi inquiéter…

Dans tous mes contacts récents avec l’un ou l’autre vigneron-encaveur, j’ai tâté le terrain. La quasi-totalité des gens interrogés me semble peu au fait du dossier. Comme s’ils avaient clairement abandonné leur sort entre les mains de quelques « représentants » qu’ils ne veulent surtout pas devoir remplacer, même s’ils ne les représentent plus vraiment. Une sorte de « à quoi bon ? » inquiétant. Mais il faut dire qu’ils ont des excuses, car leur profession demande de multiples compétences, une disponibilité sans faille. Et quand on aime le vin, qu’on respecte le produit, on lui voue l’essentiel de son temps, surtout dans des années compliquées comme le dernier millésime. Mais il faudra pourtant que nos meilleurs producteurs montent en première ligne avant qu’il ne soit trop tard. Car il m’étonnerait fort que ce qui se prépare soit au goût des plus étincelants de nos ambassadeurs.

Quant à moi, je n’ai aucun intérêt dans la viticulture, je ne vends pas de vin, je n’en produis pas, je ne paie pas de cotisation à l’IVV et je n’ai donc même pas à me demander où passe mon argent. Et je me demande bien pourquoi tout cela m’intéresse finalement. J’ai toujours défendu avec passion les vins du Valais. De pouvoir dire que la loi valaisanne me protégeait- avec plus ou moins d’efficacité, certes – contre les ignominies du vin industriel, c’était une fierté, un particularisme qui me stimulait dans la défense des vins de ma région. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, puisque cela devrait changer. J’ai mis du temps à l’accepter.  C’est fait désormais… et je vais pouvoir sereinement utiliser plus judicieusement mon temps libre. Ce blog restera vivant. Il sera différent, plus sélectif, plus ouvert à d’autres horizons, peut-être aussi. Mais ça, c’est de la musique d’avenir…

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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