Consommation de vin: retour sur terre

L’an dernier, le fameux rapport « L’année viticole » 2013 m’avait plongé dans la perplexité. Ou pour être plus franc, il avait provoqué un grand sourire moqueur. J’avais titré sur ce blog: « Des Vaudois irrésistibles« .  En effet les chiffres de 2013 laissaient apparaître une forte progression de la consommation de vin suisse (9 millions supplémentaires). Et sept de ces neuf millions provenaient de notre voisin lémanique. Franchement, je n’ai pas cru un instant à la crédibilité de ces chiffres. Et j’ai d’ailleurs exprimé ces doutes qui m’ont valu l’un ou l’autre coup de téléphone pour tenter de me remettre dans le droit chemin.

Aujourd’hui, avec « L’année viticole 2014 », on revient les pieds sur terre. Les chiffres ci-dessous concernent les vins AOC.

Les chiffres suisses, d’abord. On se situe à 77,83 millions de litres (mio/lt) contre le merveilleux 86,49 mio/lt de 2013. C’est même un peu moins que 2012 et ses 78,35 mio/lt.

Les chiffres valaisans, ensuite: 2014 (39,32 mio/lt) est meilleur que 2013 (38,47 mio/lt) et que 2012 (38,58 mio/lt). De petites fluctuations tout à fait compréhensibles.

Les chiffres vaudois, enfin: en 2014 (24,84 mio/lt) on revient dans des volumes explicables, bien loin du phénoménal 32,44 mio/lt de 2013. On se situe même un peu en dessous de 2012 (25,41 mio/lt).

verres 1Dans le Matin du jour, certains tentent des explications, à l’image du responsable des vins vaudois qui estime que «Nous avons eu des problèmes à la production avec la grêle en 2013, et la mouche suzukii en 2014. Il y a donc eu moins de produits à vendre.»

Voilà qui est assez comique. D’une part, parce que le Valais aussi a eu une petite récolte 2013 et qu’il fait mieux pourtant que l’an dernier. D’autre part, et surtout, parce qu’il est bien étonnant d’expliquer la baisse par la présence de la fameuse drosophile suzukii, puisque celle-ci a frappé en été 2014 et que les vins qui ont pu être concernés n’étaient donc pas en bouteille durant la période concernée.

L’an dernier, on avait évoqué pour les chiffres vaudois (et donc suisses) le déclassement d’une partie des stocks. On peut donc considérer que cette explication était la bonne. C’est dire que des chiffres en progrès ainsi justifiés ne méritent pas les intenses cocoricos entendus le printemps passé. Dommage, car notre secteur vitivinicole mériterait un meilleur sort que celui que lui réservent les consommateurs. Et bravo aux vins valaisans pour la légère reprise qui les ramène à très peu près au niveau de 2011 après deux ans de légère baisse.

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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