Bâton Rouge: un assemblage qui n’a pas peur de l’âge

Une dégustation verticale de 10 millésimes de Bâton Rouge (Cave du Vidomne – Meinrad et Cathy Gaillard), c’est bien là l’occasion idéale de sortir de sa torpeur. Car l’opportunité de mesurer la capacité de garde de ce vin hors normes ne se représentera pas de sitôt.

Bâton RougeVin hors normes, disais-je, au moins pour deux raisons. D’abord parce qu’il marie des cépages inédits en Valais: le Sangiovese et le Barbera. Déjà là, il fallait y penser. Marier l’artistocrate Toscan (à la base du fameux Brunello et très présent dans le Chianti) au « vin du peuple » du Piémont, c’est un brin iconoclaste. Si l’on rajoute un élevage de 4 ans en foudres de 450 litres (une moitié de bois neuf), on complète le tableau. On pourrait aussi y ajouter un travail très conséquent à la vigne, avec une vendange en vert qui frise le génocide. Seules restent 3 à 4 coeurs de grappes après le passage des rois du sécateur. Ajoutons-y un passerillage sur souche – un nouveau coup de sécateur sur la branche à fruit – de deux ou trois semaines…

Vu la longueur de l’élevage, Meinrad et Cathy Gaillard commercialisent actuellement le 2010. Le dixième millésime puisque la première vendange date de 2001.  La dégustation de cette décennie de Bâton Rouge permet de tirer quelques constats…

Premier d’entre eux: il existe bel et bien un style Bâton Rouge, constant tout au long de la décennie. Le vin est solide, avec notamment une belle acidité finale apportée sans aucun doute par le barbera. La maîtrise de l’élevage est remarquable. On sent certes, avec plus ou moins d’acuité selon les millésimes, l’apport aromatique du bois. Epices, plus rarement une note empyreumatique. Mais jamais de planche, je vous rassure.

Second constat: La concentration va croissant au fil des ans, avec bien sûr des différences dues aux millésimes. Mais on sent bien que les très jeunes vignes de 2001 ont gagné en maturité, et le vin en complexité et concentration.

Troisième constat: Le Bâton Rouge sait vieillir. Même les premiers vins, malgré la jeunesse des ceps, avaient encore quelque chose à dire. J’ai personnellement bien apprécié le 2003, certes chaleureux, mais toujours très complexe, avec ses notes de pruneau et d’épices douces. Un vin remarquablement soyeux en prise de bouche, puis relevé en finale par la belle acidité du barbera.

Cathy et Meinrad Gaillard

Cathy et Meinrad Gaillard

Plusieurs coups de coeur bien sûr dans cette dégustation. Le 2005, par exemple, avec son petit air d’amarone et sa belle puissance. Le 2007, aussi, pourtant très différent. Des fruits bien mûrs, des épices de Noël, mais surtout un remarquable équilibre dans le dynamisme.

Un mot encore sur le vin actuellement en vente. Il ne vous décevra pas. La robe est d’un rouge grenat bien marquée. Le nez est expressif, avec des notes de fruits rouges à belle maturité. Ajoutons-y de la réglisse, une fine touche de café, des tannins agréablement solides et toujours cette fraîcheur finale, marque du Bâton Rouge.  Il en reste encore à la Cave du Vidomne. Mais ne tardez pas trop, car 1200 cols de cette qualité, c’est vite épuisé !

 

Une dégustation qui s'est déroulée au Nobilis, à Sion. Avec à la baguette le maître des lieux, Dominique Fornage.

Une dégustation qui s’est déroulée au Nobilis, à Sion. Avec à la baguette le maître des lieux, Dominique Fornage.

 

About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
No comments yet.

Laisser un commentaire