Ordonnance en consultation: réaction outrée de l’IVV

La semaine passée, le conseil d’Etat se prononçait, comme il en avait été invité à le faire, sur la stratégie Viti 2020, éleborée par l’IVV. Dans la foulée, il mettait (enfin, les deux départements concernés soit le Département de la santé, des affaires sociales et de la culture et le Département de l’économie, de l’énergie et du territoire) en consultation un projet de révision de l’ordonnance traitant des contrôles vitivinicoles. Car on sait depuis certaines affaires que le Service de l’agriculture et le Laboratoire cantonal ne partageaient pas les chiffres issus de leurs contrôles, ce qui les rendait bien peu efficaces dans beaucoup de cas. Avec un Interprofession qui prône désormais la tolérance zéro, ce souci d’efficacité en matière de traçabilité est à l’évidence louable.

Aujourd’hui, on a eu droit à un communiqué virulent de l’IVV  que je vous livre ci-dessous dans son intégralité.

Yvan Aymon, président de l'IVV

Yvan Aymon, président de l’IVV

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Révision de l’Ordonnance sur la vigne et le vin (OVV): la branche vitivinicole dénonce l’attitude du Service de l’agriculture et lance son propre projet

L’Interprofession de la vigne et du vin (IVV) s’oppose à la révision de l’Ordonnance sur la vigne et le vin, telle que proposée par le Département en charge de l’agriculture. Engagée depuis des mois pour améliorer la traçabilité et le contrôle de ses vins, elle constate que la plupart des modifications ne tiennent pas compte des réalités oenologiques et agronomiques de la branche. De plus, cette révision balaie la majorité des mesures inscrites dans la stratégie «Viti horizon 2020». L’IVV diffusera son propre projet d’ordonnance auprès des instances consultées.

Durant ces derniers mois, l’IVV a pris des décisions très courageuses pour préserver ses AOC. Elle a dû, dans cet engagement, suppléer aux carences du système cantonal. L’IVV salue et soutient donc, sans condition, les mesures proposées dans l’OVV qui visent une meilleure traçabilité de la vigne à la bouteille et une amélioration du système de contrôle. Dans cette volonté de transparence, l’IVV considère comme nécessaire le passage à des acquits par cépages, avec ses mesures d’accompagnement. Ceci malgré les difficultés à surmonter pour les vignerons et les caves, aussi bien au niveau des charges administratives que de la production.

Un projet d’ordonnance qui ne respecte par la volonté de la branche

En mai de cette année, répondant à une demande de l’Etat, toute la profession, via le comité de l’IVV, a fait des propositions de modification de l’OVV. Ces propositions visaient deux objectifs: plus de transparence et de traçabilité sans péjorer le potentiel économique de la branche, ainsi que la mise en oeuvre de la stratégie «Viti horizon 2020». Or, des 25 propositions faites par la branche, 21 ont été écartées par le Département en charge de l’agriculture. L’Interprofession de la vigne et du vin du Valais regrette l’attitude du Service cantonal de l’agriculture (SCA) et de l’Office de la viticulture. Malgré une prise de position encourageante du Conseil d’Etat relative à la stratégie «Viti horizon 2020», le SCA a mis en consultation un projet de révision d’ordonnance à contre courant de la volonté de la branche et non conforme à la prise de position du Conseil d’Etat.

Une position homogène dans la branche

Au vu de la gravité de la situation, la branche vitivinicole se mobilise pour faire entendre sa voix auprès de l’Etat. De manière tout à fait inhabituelle, ce communiqué de presse est signé par les présidents des organisations qui composent la branche. Cette démarche exceptionnelle est motivée par les dangers que fait peser cette révision d’Ordonnance sur la viticulture valaisanne.

Quelques exemples de propositions faites par l’IVV pour réformer la branche

L’introduction et la réglementation de cépages améliorateurs, l’abaissement des degrés minimaux pour les vins effervescents, la réintégration des tournières en plein dans le calcul des droits de production, sont autant de propositions de bon sens qui n’ont pas été retenues.

L’introduction des acquits par cépage doit être accompagnée de mesures permettant d’éviter une baisse fatale du revenu des vignerons. L’IVV a proposé d’introduire une tolérance de 10% sur le volume produit pour chaque cépage, à condition que les limites de rendement, selon le droit fédéral, calculées pour la globalité des blancs et la globalité des rouges, ne soient pas dépassées.

Quant à la révision de la pyramide AOC, qui devait donner une meilleure visibilité aux différentes qualités de vins, elle a été bottée en touche… en attendant l’introduction par la Confédération des AOP pour les vins. Renseignements pris auprès des instances concernées, cette modification ne se fera que dans 10 à 20 ans! Un délai insoutenable pour un secteur en prise avec un marché de plus en plus concurrentiel.

En persistant dans une voie qui a déjà été rejetée à plusieurs reprises, soit par le parlement (projet d’Ordonnance en 2006), soit par la branche (Viti 2015) le SCA hypothèque grandement les chances de succès de noire économie.

La branche propose un projet d’Ordonnance

L’IVV rappelle que la notoriété des vins du Valais n’a pas été faite par l’administration mais bien par les professionnels qui ont cru aux spécialités, qui ont ouvert des marchés et oeuvrent à la pérennité du vignoble tout au long de l’année. Malgré le refus de l’Etat d’entendre ceux qui, depuis plusieurs décennies, mènent un combat permanent pour la qualité de nos vins, l’IVV ne baisse pas les bras. Son projet d’ordonnance sera largement diffusé auprès des instances consultées, ceci afin de permettre à ces dernières de répondre de manière constructive aux propositions incohérentes de l’Etat. L’IVV espère être suivie dans cette démarche ambitieuse, responsable et pragmatique, par le Conseil d’Etat.

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Commentaire du blogueur (Paul Vetter, citoyen très jaloux de son droit à la parole, mais surtout citoyen qui écrit à titre personnel, sans impliquer personne d’autre que lui.)

Ou plutôt, début d’un commentaire qui nécessitera pas mal de travail.

Ce qui saute aux yeux, c’est le ton utilisé dans ce communiqué de presse. Un ton pour le moins peu amène. J’avoue avoir de la peine à comprendre comment des spécialistes de la communication peuvent s’y prendre de cette manière lorsqu’on leur propose une « mise en consultation » d’un projet, si éloigné qu’il puisse être de leur propre vision des choses.  L’agressivité perceptible est très éloignée de ce qu’on pourrait attendre de gens amenés à négocier. D’autant plus qu’une mise en consultation semble bien indiquer que l’on a le projet de dialoguer.

Enfin, je constate que l’un des points cruciaux, à mon sens, soit la dévalorisation que subira l’AOC, si le projet de l’IVV est mis en oeuvre, n’est pas évoquée dans les quelques exemples de modifications proposées par la branche. Dommage, car pour le client amateur de vin, c’est un changement majeur… et dans le mauvais sens. Mais curieusement, l’IVV en parle rarement, pour ne pas dire jamais. Aurait-on quelque chose à cacher ?

Pour compléter mes dires (qui vont bien sûr me valoir de nouveaux ennuis), les propos de Jacques Disner, propriétaire encaveur à Chamoson tenus sur facebook.

Petite précision à propos de l’IVV : comme d’habitude et ce depuis longtemps, vous n’avez plus aucun respect pour l’autorité cantonale…
Si vous preniez la peine de lire la loi cantonale sur la viticulture vous vous rappelleriez que le Conseil d’Etat vous a octroyé une délégation de compétence et qu’il est à la fois le propriétaire de cette institution et donc, par voie de conséquence, votre patron.
Votre prise de position est scandaleuse et d’un total manque de respect. Dans quel autre domaine des employés pourraient se permettre un tel mépris ? Au risque de se faire remettre à leur place…
Content d’apprendre que vous refusez 21 points sur les 25 de la prise de position du Canton. Surtout ne prenez pas la peine de nous dire lesquels…Etes-vous sûrs d’avoir lu cette dernière ? (N.D.L.R. Cet élément est erroné. C’est bien le Conseil d’Etat qui a refusé 21 des 25 points proposés par l’IVV, en non le contraire.)
Et je terminerai par les 5 cosignataires dudit document… Vous dites parler au nom de l’entier de la profession…
Donc vous ne vous rendez même pas compte que depuis longtemps vous ne représentez que vous-mêmes et uniquement vos intérêts personnels ?
Croyez-vous vraiment que le vigneron de base, accroché à sa terre et à son métier se reconnaisse encore en vous ?

 

 

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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