Vignerons-encaveurs, à vous de jouer…

Ce jeudi sera un jour important pour la viticulture valaisanne. Ce jour-là, les membres de l’Union des vignerons-encaveurs valaisans (UVEV) se réuniront pour (enfin) parler du projet VITI 2020.  Et cette fois-ci, les membres présents – espérons qu’ils seront plus nombreux qu’à l’accoutumée – devront se prononcer en faveur ou en défaveur du projet concocté par le comité de l’Interprofession de la vigne et du vin (IVV).

Jusqu’à présent, ledit comité a toujours prétendu que toutes les décisions ont été prises à l’unanimité. De quoi laisser croire que l’ensemble de la profession est en rangs serrés derrière leur faîtière. Formellement, ce n’est pas un mensonge, puisque que ceux siègent au comité de l’IVV  représentent les différents groupements et que ces présidents ou représentants sont unanimes. Mais il y a tout de même un bémol sérieux accroché à la partition de ces messieurs: l’information, lorsqu’elle a existé, n’a pas circulé de manière optimale. Et c’est bien sûr un euphémisme.

Certes, le projet de l’IVV semble émaner essentiellement du négoce et il n’est pas surprenant qu’une large majorité des « grandes boîtes » du canton, celles qui sont actives dans les gros volumes de bas de gamme soient favorables à l’ouverture de l’AOC à des pratiques comme l’aromatisation aux copeaux ou l’édulcoration au sirop (MCR) de jus de raisin. Et encore ! J’ai appris récemment que la Maison Gilliard est fermement opposée au projet de l’IVV. Bravo à elle, c’est tout à l’honneur de ses vins que j’oserais encore recommander sans craindre que l’on ait affaire à des vinasses bricolées plutôt qu’à des crus bien élevés. Il ne serait donc pas étonnant que d’autres négoces croient encore à une viticulture de qualité. Je sais aussi que du côté de Provins (qui formellement ne fait pas partie du négoce puisque c’est une coopérative), on n’avale pas toute la potion de l’IVV sans faire la grimace, même si l’on a pour l’instant joué la carte de la collégialité. Bref, même chez les négociants, des brèches existent.

vinasseCôté vignerons-encaveurs, la situation est bien différente. Si j’en crois mes nombreux contacts dans le milieu, l’information y a été très lacunaire. Ayant désormais en mains les papiers leur permettant de juger, les membres de la corporation semblent pour le moins sceptiques. A part l’un ou l’autre personnages inféodés à de grandes maisons, je n’ai rencontré que des gens offusqués par le cocktail législatif nauséabond qui leur est proposé, notamment en matière de segmentation des produits et de choix marketing. C’est particulièrement vrai pour les plus grands noms de notre viticulture, ceux qui ont en premier chef fait la réputation de notre vignoble. Je ne citerai pas de noms ici, mais je vous assure que les meilleurs sont offusqués toujours, dépités parfois.  Les uns veulent simplement renoncer à l’AOC, d’autres vont lutter contre le texte proposé, quelques-uns hausseront les épaules, en se disant que leurs vins continueront à bien se vendre malgré la dégradation de l’AOC valaisanne et qu’il n’est dès lors pas nécessaire de se battre. Ceux-là ne seront certainement pas présents à l’assemblée générale de l’UVEV.

C’est à ces derniers que je m’adresse en priorité. Mesdames, messieurs, battez-vous. L’AOC est votre bien commun. Si certains veulent à tout prix garder ce label, même pour leurs innommables piquettes, qu’ils refusent de déclasser en vins de pays, cela démontre bien que cet AOC a encore de la valeur. Ne laissez pas cette appellation dans les mains de gens qui ravalent cette noble boisson au rang d’un vulgaire soda.

Le passage du projet de l’IVV devant l’AG des vignerons-encaveurs ne sera certes qu’une étape du processus. Mais si les membres de l’association donnent un signe fort en sa défaveur, on ne pourra plus jamais dire que VITI 2020 est porté par une profession unanime. Et cela facilitera grandement la tâche de celles et ceux qui ont bien compris que le salut de la viticulture valaisanne passe par la qualité.

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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