Interprofession: Parole au premier président (1)

L’Interprofession, c’est quoi au fait ? Cette question, on me l’a souvent posée. Et je vais tenter d’y répondre, avec l’aide de quelques acteurs qui ont compté dans la mise en route de cette instance. Premier d’entre eux, Christian Broccard. Au passage du millénaire, il présidait la Fédération valaisanne des vignerons. Et c’est lui à qui revint la périlleuse mission de mettre en route l’IVV. C’était en fin 2000. Parole donc au premier président de l’Interprofession des vins du Valais…

Christian Broccard, premier président de l'IVV

Christian Broccard, premier président de l’IVV

Christian Broccard, comment et pourquoi est née l’IVV ?
A la fin des années 90. les Interprofessions ont été imposées par la nouvelle loi fédérale sur l’agriculture qui exigeait que chacune des branches de l’agriculture se prenne en charge. C’était valable aussi bien pour le lait, le fromage, les céréales ou la viticulture…

Pour vous, tout était à créer ? La mise en route fut difficile ?
On a eu du retard, parce qu’il a fallu déterminer un type de fonctionnement. Chacun venait avec son modèle en tête. Moi aussi, j’avais aussi un modèle, le modèle français, qui défendait le mieux les appellations d’origine. C’était peut-être aussi une erreur. Il aurait fallu partir de zéro. Mais ce n’est jamais possible. On a piqué un peu partout, ce qui fait que ce modèle est un peu bancal.

La répartition en deux familles, la production et le négoce , telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, c’était une évidence ?
C’est l’époque où Provins flottait dans tous les sens du terme. La Coopérative ne savait pas si elle voulait être du côté de la production ou du côté du commerce. Mais il fallait – je ne sais plus pourquoi – deux familles : le commerce et la production. C’était peut-être le plus facile à faire fonctionner. Mais en soi, la Coopérative est du côté production pour tout ce qui est producteur de vendange et prix ; elle est aussi du côté du commerce puisqu’elle est en concurrence directe avec les grands marchands. Ça a navigué. Provins avait décidé d’être du côté du commerce, et pour finir, ça s’est fixé du côté de la production. C’était déjà un affaiblissement de l’Interprofession en ayant dans la production un acteur qui est à cheval sur les deux familles. Idéalement, il aurait fallu trois ou quatre acteurs sans vouloir absolument un équilibre. Les vignerons-encaveurs n’ont pas nécessairement le même intérêt que le producteur de vendanges. Pas toujours en tout cas.

On a toujours l’impression que les vignerons, les fournisseurs de vendanges, sont un peu les parents pauvres. Vous les représentiez. C’était déjà le cas ?
Ce problème est intrinsèque au vignoble valaisan. C’est peut-être en train de changer. A la fin des années 90, il y avait encore beaucoup de propriétaires qui travaillaient leur bout de vigne. C’étaient des non-professionnels. C’est dans ce sens que la production est faible. Pour ces gens, le prix de la vendange, ce n’est pas vital. Donc ils ne vont pas se battre pour ça. Par conséquent, le représentant de la production est faible aussi. Tout le monde sent qu’il n’y a rien derrière. Au départ, le plus grand handicap de l’interprofession, c’est l’inégalité de force des différents acteurs.

Vous vous sentiez soutenus ?
Lors de la mise en place, il y avait une très bonne collaboration avec le canton (le Conseiller d’Etat Wilhelm Schnyder et le chef de service Pierre-Georges Produit). Ça s’est bien fait. Ils étaient relativement favorables à la production. Ils sentaient que c’était le maillon le plus faible et qu’il fallait soutenir un peu.

Côté production, on avait donc Provins, les vignerons-encaveurs et les vignerons. La vie était plus facile pour le négoce représenté par une seule association, la SEVV d’aujourd’hui ?
C’était effectivement plus facile du côté du négoce, car ils n’avaient qu’une seule société. Mais c’est relatif. Il y avait aussi les « électrons libres » représentés par Jacques-Alphonse Orsat. Plus tard, ils se sont regroupé sous l’étiquette de GENI (groupement des encaveurs négociants indépendants), intégré à l’interprofession. Avec dès le début un drôle de rôle. Leur représentant était inclus dans la famille SEVV. En fait, ça dépend surtout des personnes et de leur comportement. Il y a des gens plus prêt à voir l’intérêt général et Jacques-Alphonse était de ceux-là dans de nombreux domaines.

Quel est le principal problème que vous avez rencontré ?
Un problème d’équilibre. Il fallait que les deux familles soient d’accord pour que les décisions passent. Ce qui en soi est basique, mais il n’y avait pas suffisamment de confiance, les uns envers les autres. Et peut-être qu’on a voulu aller trop vite. Car pour la production, le prix de la vendange revenait sans cesse sur la table. On aurait peut-être dû essayer de prendre beaucoup plus de temps pour voir quels étaient les intérêts communs à tous les acteurs. Parce qu’à mon avis, il y en a. Mais on ne peut pas mettre de côté les intérêts de chacun, non plus. Ce qui est sûr c’est que nous, les gens à l’origine de l’Interprofession, nous n’avons pas été capables de prendre les bonnes décisions pour la viticulture. On n’a pas apporté grand chose à la viticulture. Sur le papier, c’était joli, mais dans les faits, on n’a rien apporté. Je suis assez mal à l’aise pour dire que les gens en place aujourd’hui font mal. En tout cas, ils ne font pas plus mal que nous, c’est sûr. Mais pour l’instant, pas mieux non plus. Mais plus mal, ils ne peuvent pas faire puisque l’on n’a rien fait.

IVV NF 001212

La suite dans les jours à venir… Avec notamment l’évocation du rôle inconfortable du directeur de l’IVV

Tags:

About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
No comments yet.

Laisser un commentaire