Interprofession: parole au premier président (3)

Troisième et dernière partie de l’interview de Christian Broccard, premier président de l’IVV

Le vignoble valaisan a considérablement diminué depuis le début des années 90. C’est un mouvement irréversible ?
On a l’impression que c’est peu, mais on a effectivement perdu pas mal d’hectares et ça risque de s’accélérer. Pour le moment on a surtout perdu des terrains à bâtir. Il n’y a pas eu énormément d’abandon de parcelles. Une par ci par là. Mais ça risque d’augmenter très sensiblement. Ici, sur Ollon, il y a une parcelle de 1500 m2. Le propriétaire a dit : « Si on m’en donne deux ou trois francs, je vends. » Mais personne ne lui a proposé cela. Pourtant, c’est parmi les grandes parcelles de la région. Heureusement, il y a des zones plus intéressantes qui peuvent encore intéresser les professionnels, les zones remaniées ou les coteaux de Chamoson ou Leytron. Là, on peut améliorer la manière de produire.

Comment voyez-vous l’évolution actuelle ?
Broccard Christian 160218-03-PUne de nos tendances, à mon avis fausse, c’est de vouloir partir sur des vins bon marché. Vouloir faire du vin bon marché ici, c’est débile. On sera toujours plus cher que les régions étrangères. Faire du volume, ça n’a pas de sens. Il faut mettre dans l’esprit du consommateur que les vins valaisans, ce ne sont que des vins haut de gamme. Si on y parvient, tout le monde est gagnant. En faisant du vin bon marché pour nous, qui reste cher par rapport à nos concurrents, personne ne dégage des marges suffisantes pour vivre correctement. C’est de nouveau du court terme. On a un peu de stock, on va liquider comme ça, parce qu’on n’a pas le courage de le déclasser soi-même.

L’IVV propose une nouvelle segmentation des vins valaisans. Vous en pensez quoi ?
On peut structurer une AOC ; on a les grands crus, les vins AOC, les vins de pays. Mais qu’on fasse des catégories dans l’AOC, c’est du grand guignol, c’est la catastrophe assurée. Il faut vraiment ne pas aimer le vin pour penser à ça.
L’IVV a pour mission de défendre l’AOC Valais, que nos produits aient une réputation, que l’AOC soit un gage de qualité. Quand on dit : l’AOC, on s’en fout, mais on va mettre un petit sigle avec le Cervin pour dire que ça c’est de la bonne AOC. Non… Là on tombe au-dessous de tout.

Pour nos vins AOC, autoriser les copeaux, le moût concentré rectifié, ça ne pourrait pas être une manière de lutter contre les vins du Nouveau-Monde ?
Autant arrêter de faire du vin. L’industrie nous fait tous les arômes et tous les parfums qu’on veut. Pas de problème. Pour un vignoble si petit que le Valais, c’est une calamité, même pour le vignoble suisse. On arrive à faire des vins avec du caractère et on essaie de lisser tout ça. On est vraiment un vignoble sans tradition. On essaie tout, on part dans toutes les levures possible, on change, pour essayer de suivre la mode. On change la forme, la couleur des bouteilles. Mais le vin, c’est ce qu’il y a dedans. Et c’est aussi une cave qu’on vend. Une cave doit avoir son caractère. Si on a tous les mêmes levures, les mêmes copeaux… Tout d’un coup, on a un vendeur un peu plus fort que les autres qui nous dit d’aller dans ce sens-là et on y va. C’est monstrueux. C’est vrai qu’avec la technique, on a des vins nets, mais avec de moins en moins de caractère. Le plaisir, c’est quand même la variété.

 

Merci à Christian Broccard, pour le temps consacré à cette interview. Merci aussi pour sa franchise.  Et merci encore pour le délicieux Païen 2013 que j’ai pu goûter à cette occasion. Un vin net, précis, avec une belle tension. Le tout sur des arômes de limette et de fruits exotiques. Un bien joli produit.

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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