« Un comportement de prédateur »

Image DelétrazQuand il a vu cette promotion d’une grande surface (cliquer et recliquer pour agrandir), son sang n’a fait qu’un tour. Lorsqu’on on est passionné par la Petite Arvine et qu’on l’élève dans son terroir de prédilection, celui de Fully, pas facile d’accepter de voir une « Petite Arvine de Fully » bradée au prix dérisoire de 12,76 francs la bouteille (76,60 francs le carton de 6 bouteilles). Sur Facebook, Alexandre Delétraz (Cave des Amandiers) a manifesté sa mauvaise humeur mâtinée de déception. « Les vignerons de Fully, remercient ceux qui (dans l’ombre) oeuvrent tous les jours à promouvoir dignement notre appellation. Leur amour du vin doit être à la hauteur du prix… pathétique ! » Un commentaire « liké » par plusieurs professionnels de renom, et pas uniquement des gens de Fully.

Quelques jours plus tard, Alexandre Delétraz explique : « Un promotion comme celle-ci me révolte. C’est un hold-up sur un appellation qui a acquis une renommée à laquelle ces gens n’ont pas contribué. A Fully, nous avons investi beaucoup d’énergie, de temps, et de moyens financiers pour faire connaître et reconnaître la Petite Arvine de Fully. Ces gens qui n’ont rien fait veulent simplement en récolter les fruits. C’est un comportement de vautour, une technique de prédateur. »

Evidemment, le prix pratiqué renforce la colère de ce producteur reconnu pour la qualité de ses vins, de ses arvines en particulier. Pour lui, à ce prix-là, pas de miracle. « Pour une Petite Arvine vendue moins de 13 francs, il est évident que l’on utilise – au minimum – tout ce qu’autorise l’AOC. » Or, les meilleurs producteurs de Fully, membres de Fully Grand Cru, s’engagent à produire une Petite Arvine exclusivement composée de raisin issu du cépage arvine et provenant uniquement du Fully. Beaucoup plus sévère en cela que l’AOC qui autorise une adjonction d’autres cépages à hauteur de 15%.

Delétraz 160224-05-PS’il ne s’agissait d’une « attaque inamicale », Alexandre Delétraz s’en amuserait presque. « Il y a quelques décennies, les principaux négoces payaient moins cher les vins de Fully que ceux des autres régions viticoles valaisannes. Ils estimaient que ce vignoble était moins qualitatif. Et tout à coup, alors que les producteurs du lieu ont pris en mains leur destin, misant résolument sur la qualité, cette appellation éveille leur intérêt. Plusieurs grandes caves proposent désormais des Petites Arvines de Fully. » Mais contrairement aux vingt-deux producteurs de Fully Grand Cru, pas question de s’engager plus avant pour la qualité.

Les vins des signataires de la charte de qualité sont facilement reconnaissables. Commercialisés dans la bouteille « Fully », ils ne sont pas vendus à moins de 20 francs. Un prix tout à fait justifié pour un vin issu d’un vignoble en terrasses, un produit de qualité qui permet de rétribuer décemment le producteur, au-delà du simple fait de couvrir ses frais de production. C’est là l’une des clés de la survie de notre viticulture.

About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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