La grande interview: Olivier Foro (1)

Il peut se targuer d’avoir été le premier directeur de l’Interprofession de la vigne et du vin (IVV). Venu du tourisme, Olivier Foro a dirigé l’organe faîtier de la branche vitivinicole durant trois ans. Il a accepté de revenir sur cette période pour valaisduvin.com. Voici la première partie de cette longue interview…

Le Nouvelliste, déc. 2001

Le Nouvelliste, déc. 2001

Olivier Foro, vous avez été engagé en fin 2001, presque une année après la création de l’IVV, présidée par Christian Broccard. Comment s’est passé cet engagement ?
Je travaillais dans le tourisme. J’avais commencé à Ovronnaz avant de rejoindre Sierre-Anniviers Tourisme.  Pour l’IVV, on est venu me chercher. Pour l’anecdote, c’est Yvon Roduit, qui a un chalet à Ovronnaz et que je connaissais bien, qui m’a contacté. Je l’ai croisé lors d’une balade et il m’a expliqué que l’IVV cherchait quelqu’un et m’a décrit le poste sommairement. Je me suis dit pourquoi pas. J’ai envoyé mon dossier et ça s’est passé assez vite. Comme j’avais un job qui me plaisait en Anniviers, je me suis présenté en toute décontraction en faisant valoir mon profil, mes compétences… Cela s’est fait très vite, et on m’a dit que mon expérience dans le tourisme, et que le fait d’être en dehors du monde vitivinicole, tout cela correspondait à ce qu’ils cherchaient. Le fait d’avoir un oeil extérieur, une sensibilité extérieure, c’était clairement un avantage.

Vous étiez un passionné du vin ?
J’aimais le vin, mais je n’étais pas, et je ne suis pas, un spécialiste. Mais j’ai beaucoup appris durant ces trois années à l’IVV …

Comment se sont passés ces débuts ?
Ce n’était pas une période vraiment facile. A mes débuts, le marketing était encore assurée par l’OPAV (N.d.l.r – Office de propagande pour l’agriculture valaisanne créé en 1952) et son expérimenté directeur Fernand Schalbetter. Nous avons fonctionné ensemble pendant presque une année. L’idée étant de rapatrier l’OPAV dans l’organigramme de l’IVV. Ce n’était pas simple, d’autant plus que pendant cette période, on ne partageait pas les mêmes locaux. Je pense avoir eu le doigté nécessaire pour que cela se passe bien.

Un directeur qui ne dirige pas, qui doit appliquer les décisions prises par d’autres (voir interview de Christian Broccard), ce n’est pas un peu compliqué à appréhender comme rôle ?
C’est vrai. Mon rôle était plus celui d’un secrétaire général que celui d’un vrai directeur. A ce poste, tu es le pivot, la courroie de transmission entre les différentes parties, ce qui demande du doigté, un certain recul, une absence de parti pris. Tu es comme un arbitre, donc tu ne peux pas te laisser attirer par un côté ou l’autre.

Ce n’est pas un peu frustrant de ne pas pouvoir agir comme un CEO ?
Tu connais les règles du jeu en arrivant. C’est clair que si tu débarques et que tu as l’ambition de révolutionner la stratégie vitivinicole cantonale, le monde du vin, tu n’es pas au bon poste. Tu as meilleur temps de prendre la direction d’une grande cave… Au vu de mes compétences, ce n’était pas à l’ordre du jour et je savais en m’engageant où je mettais les pieds. C’est un peu comme dans un office du tourisme où tu es pris entre les intérêts des hôteliers, des remontées mécaniques, des magasins de sport… Tu dois trouver une cohésion entre tous les partenaires. Cependant, dans l’un ou l’autre poste, tu peux quand même donner certaines impulsions. Mais c’est surtout un travail d’équipe.

Le premier souci était de régler le fonctionnement de l’IVV… Avec deux familles et Provins qui devait se positionner. Une mission compliquée ?
Ce n’était pas facile. Mais le travail avait déjà était fait en grande partie en amont. Je suis arrivé au moment du mariage. Les différentes composantes de l’IVV étaient mûres pour travailler ensemble. Il ne fallait plus que régler les modalités de travail. Les gens ont dû apprendre à se connaître, à fonctionner ensemble. C’était ça, la difficulté. On s’est retrouvé autour d’une table commune. Eux avaient quelques mois d’avance sur moi. J’ai pris cela comme une fonction de bâtisseur. Il fallait consolider les fondations et créer les étages.

Et quelle était l’ambiance ?
Il n’y avait pas d’énormes conflits. Comme je l’ai dit, les gens ont dû apprendre à se connaître. C’est vrai que Provins avait un rôle un peu spécial, c’est presque Dr. Jekyll et M. Hyde puisqu’ils sont des deux côtés à la fois. J’ai dû appréhender tout ça. Bien sûr, il y a eu des séances assez musclées. Avec parfois quelques petits dérapages en terme d’attitude. Mais rien de très grave. On est en Valais, on sait comment cela fonctionne. Mais pas de clash, même si parfois on s’emportait un petit peu.

Le prix de la vendange a toujours été le point de frottement. Et dès le début cette problématique financière a été une pierre d’achoppement, nous disait Christian Broccard, le premier président de l’IVV. Vous êtes d’accord avec ça ?
C’est vrai que cela a toujours été le problème numéro 1. On parlait de l’AOC, de la communication, du positionnement des vins. Mais dès qu’on abordait, une fois l’an, cette problématique du prix du raisin, les séances se corsaient. Et c’est vrai qu’on aurait probablement plus dû travailler sur les conditions-cadres en général et aborder le volet économique peut-être deux ans plus tard. Cela aurait sûrement permis de mieux se comprendre, d’avoir une collaboration plus rapprochée.

A cette époque, l’antagonisme entre les négociants et la production, vignerons-encaveurs compris, était déjà très fort ?
Très clairement. A l’époque, on sortait des premières années de réencépagement. Beaucoup de vignerons-encaveurs avaient consentis d’énormes efforts pour modifier l’encépagement de leur vignoble. Ils avaient arraché du Fendant pour planter des spécialités. Et c’était devenu « trendy »… L’Etat du Valais, à ce moment-là a commencé à accorder des subsides pour le faire. Déjà là, on a eu des frictions. Les vignerons-encaveurs qui avaient réencépagé à leurs frais trouvaient injuste que des grandes grandes caves soient aidées financièrement pour le faire.
On était aussi en train de plancher sur l’AOC. Le problème des spécialités modifiait un peu la donne. On avait déjà le problème de ceux qui voulaient faire de la masse et du bon marché alors que les autres voulaient monter en gamme.

(suite demain)

 

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About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.
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