La grande interview: Olivier Foro (3)

Dernier volet de cette interview d’Olivier Foro, le premier directeur de l’IVV .

La pyramide initiale... AOC EU

La pyramide AOC EU concoctée par l’IVV

L’IVV a proposé une nouvelle segmentation des produits, avec notamment la Marque Valais pour le meilleur de l’AOC. Vous qui êtes dans le tourisme, la Marque Valais pour le vin, c’est une bonne option ?
Si on peut lier une marque de communication, une marque touristique, avec un produit ça peut être intéressant. Je pense aux pommes, à la viande séchée, au fromage ou au vin, ça peut effectivement être intéressant. Mais c’est un outil de communication. Est-ce que ça peut être considéré comme un outil législatif (N.d.l.r. : comme l’AOC)? ça me semble difficile. Il y a un hiatus…

Comment expliquer que l’on a droit depuis 2007 de produire un Fendant Marque Valais et que personne n’a utilisé cette possibilité ?
Ça veut dire que les producteurs ne se sont pas retrouvés dans ce concept. Ça démontre bien qu’il y a un problème, clairement.

On a vu dans les propositions concernant Viti 2020 que les représentants de la production à l’IVV étaient déconnectés de leur base. C’était déjà comme ça à votre époque ?
Non, à l’époque, j’avais l’impression qu’il y avait adéquation entre la base et les représentants au comité. Mais c’est vrai que lorsque la base commence à tousser, c’est le signe qu’il y a un problème de transmission des informations entre la base et le comité.  Si un directeur d’office du tourisme donne une impulsion et que les hôteliers ne le suivent pas, il y a un problème. Ce lien entre la base et leurs représentants doit être solide. Pour l’IVV, j’ai suivi cela d’assez loin et je ne peux pas vraiment me prononcer. Je ne sais pas dans quelle mesure cela a été le cas.

L’IVV a décidé de doubler les cotisations sur quatre ans. Une bonne chose ?
Oui, je pense que c’est nécessaire d’avoir des moyens financiers supplémentaires.

Peut-on augmenter ces cotisations sans fournir un vrai projet qui justifie cette hausse ?
On a eu le même problème dans le tourisme. Certains voulaient des moyens financiers avec une carte blanche quant à leur utilisation. C’est évidemment une erreur. Il faut un projet solide et chiffré qui justifie le financement supplémentaire demandé.

Du côté de l’IVV, les grandes caves se plaignent de ne pas pouvoir rivaliser avec leurs concurrents étrangers dans le bas de gamme. Ils demandent donc de pouvoir utiliser tous les « outils » permis sous d’autres cieux (aromatisation aux copeaux de chêne ou édulcoration au moût concentré rectifié)… C’est justifié ?
A l’époque, quand on s’est lancé dans la production de spécialités, toute l’IVV, les vignerons-encaveurs, les grandes caves, tout le monde avait affirmé que les spécialités, ça serait du haut-de-gamme. Tout le monde avait promis, s’était engagé à monter en gamme, tant au niveau de la qualité qu’au niveau du prix. Je me rappelle que j’ai souvent présenté nos travaux en affirmant cette volonté de la branche de ne pas vendre de spécialités en-dessous de 25 francs. Tout le monde s’était engagé à le faire, les vignerons-encaveurs aussi bien que les grandes maisons. Et aujourd’hui, je constate que l’on trouve des arvines ou des cornalins de petite facture et de petit prix. Je suis très étonné. On est proche d’une rupture de confiance. C’est pas normal. Tout le monde avait juré que les spécialités seraient préservées du bradage, qu’elles seraient les bijoux de la famille. Quinze ans après, c’est clairement pas ce qu’on avait dit.

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About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.
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