Les actions de la honte…

J’ai jeté un oeil dans le catalogue d’une grande enseigne helvétique qui propose ces jours une série d’action dans son rayon vins. J’ai eu tort, car ma digestion risque d’en être perturbée.

Action CornalinHeida et Humagne rouge à 9.95 fr, Syrah à moins de 9 fr. J’étais déjà d’humeur chagrine. Mais j’ai carrément versé dans l’exaspération lorsque j’ai découvert le lot de 6 cornalin à 48,60 fr. Faites le calcul: cela nous met la bouteille à 8,10 fr. Une honte.

Pour arriver à ce prix, on n’a même pas eu besoin d’utiliser les procédés réclamés par quelques grandes caves valaisannes. Pas besoin de copeaux de bois ou de sirop de raisin pour donner une illusion qualitative. Non, le Valais arrive à se saborder en proposant son cépage rouge emblématique arborant fièrement une AOC Valais au prix d’une bibine de sous-catégorie.

Le pire, c’est que ça arrive dans une période où, tout le monde vous le dira la larme à l’oeil, les stocks sont au plus bas. Car le Valais vient de vivre quatre millésimes de faible rendement. Le vin manque, et l’on « liquide » en action ce qui devrait être – mais qui ne l’est certainement pas – le meilleur de notre production.

Rappelons-le pour ceux qui pourraient l’ignorer, le Cornalin est une variété exigeante, qui nécessite un travail méticuleux à la vigne, des rendements très limités et les meilleurs parchets. Certes, l’imagination sans borne des margoulins de service permet d’abaisser le prix en utilisant toutes les failles d’une AOC parfois très gentillette, sans même qu’on ait besoin de l’assouplir. Quels ont donc été les rendements ? Quels cépages ont été utilisés (à hauteur de 15%, bien sûr, comme le permet la loi) pour compléter la cuve et faire baisser le prix ? Autant de questions à se poser avant d’acheter une telle action. Ou plutôt, avant de renoncer à acheter une telle action, et de se rendre chez votre encaveur préféré, celui qui choie ses ceps, qui respecte ses terroirs et qui vous vend du vin, du vrai, à un prix équitable.

PS. Il semblerait que Fleur du Rhône soit une marque du grand distributeur en question qui achète des lots de vrac et les conditionne dans ses propres installations.

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About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.
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