La vérité de l’étiquette

Voici avec un peu de retard le commentaire concernant le volet « traçabilité » de la prise de position du Conseil d’Etat. (voir le volet copeaux-mcr / voir le volet cépages AOC)

Disons-le d’emblée, les affaires ayant touché les vins suisses – le Valais n’est de loin pas le seul en cause – ont suscité une réaction immédiate et parfaitement justifiée dans le monde du vin. L’Interprofession valaisanne de la vigne et du vin a elle-même déclaré maintes fois que, désormais, c’était la tolérance zéro qui devait prévaloir. Des déclarations qui tiennent certainement plus de l’effet de manche que d’une réelle volonté de nettoyer les écuries d’Augias (il suffit d’analyser la composition du comité), mais des déclarations qui donnent de l’eau au moulin de ceux qui veulent réellement redorer le blason de nos vins terni par quelques pratiques douteuses.

L’Etat du Valais a donc pris le taureau par les cornes et peut désormais se targuer d’être en tête de cordée en la matière. Aucune autre région viticole du pays peut à ce jour se vanter d’être allé aussi loin et aussi vite. Bravo pour ces propositions qui doivent encore être entérinées par le législatif.

Le principe des propositions est simple: le client doit être au centre. Ce qui signifie que les indications fournies par l’étiquette doivent bel et bien correspondre à ce qui se trouve dans la bouteille. Limpide et évident.

Pour ce faire, il faut documenter et garantir la traçabilité de nos vins. Pour y parvenir, un nouvel outil: la plateforme e-vendange. Cette informatisation des données permettra à la branche viticole d’améliorer la traçabilité tout en diminuant la charge administrative tant pour les professionnels que pour l’administration cantonale.

Pas question de se baser uniquement sur la confiance; les contrôles font aussi partie de l’arsenal des moyens permettant de garantir au consommateur la vérité de la bouteille.  Le SCAV (laboratoire cantonal) renforcera ses développements dans l’authenticité avec l’implémentation de nouvelles méthodes analytiques dans le domaine des denrées alimentaires y compris dans celui du vin.  Les tâches attribuées par la loi sur les denrées alimentaires seront appliquées par le SCAV et celles découlant de la loi sur l’agriculture par le SCA (Service cantonal de l’agriculture).

Vendanges caisses2

Nouveau principe: un cépage, un acquit

Les travaux valaisans sont étroitement liées à la volonté confédérale de mieux contrôler la filière. En 2015, l’audit conduit par la Confédération sur le système de contrôle des vins au niveau suisse a révélé de nombreuses faiblesses. Le rapport et les recommandations ont été publiés le 23 mars 2016. Les constats faits au niveau fédéral correspondent à ceux du groupe de travail «Qualité et crédibilité de l’AOC Valais» pour garantir la traçabilité de vins AOC Valais. On mettra donc en place un échange de données de contrôle entre les différentes instances et cela pourra se faire grâce à l’e-vendange, cet outil informatique permettant de regrouper les informations. Et pour le Valais, cela passera par la gestion des droits de production (acquits) par cépage, et non plus par groupes de cépages. Le producteur y perdra bien sûr en souplesse, mais la crédibilité est à ce prix.

Rappelons que ce que la fameuse « globalisation des acquits » valable pour toutes les spécialités blanches et toutes les spécialités rouges permettait en matière de droits de production de les gérer dans un « pot » commun. Un exemple ? Si je produis 800 gr au mètre en petite arvine (droit de production fixé à 1,2 kg/m2), je puis me permettre de rajouter les 400 fr manquant à un Chardonnay (soit 1,6 kg/m2). Autre exemple ? Ma vigne de Syrah est touchée par le gel. Tout ce qui n’est pas produit peut l’être en supplément sur ma parcelle de Cornalin.

Ces mesures ne portaient pas vraiment à conséquence à l’époque où les spécialités ne correspondaient qu’à quelques pourcents du vignoble. Aujourd’hui, elles représentent plus d’un tiers de nos ceps. C’est dire que cette réforme était nécessaire.

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About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.
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