Concurrence déloyale à tous les étages

Les producteurs du Languedoc crient à la concurrence déloyale.  Ils dénoncent les vins espagnols dont les prix ridicules tirent à la baisse l’ensemble du marché. En cause, une réglementation plus flexible et des coûts du travail bien inférieurs. Et les chiffres valables pour les vins de table (bas de gamme) sont parlants: 32 euros l’hectolitre soit la moitié de ce que coûtent les vins du lieu. Et comme quelque 600 millions de litres de vins espagnols franchissent chaque année les Pyrénées (40 fois la production valaisanne), on comprend bien le problème.

Vu de Suisse, on en rirait presque. A 36 centimes le litre (et donc environ le double soit 72 centimes pour les vins du Languedoc), que doivent penser nos producteurs dont les coûts des plus basses piquettes sont au moins dix fois plus élevés. Pour les Suisses, la production du Languedoc, c’est déjà de la concurrence déloyale. Alors que dire de l’Espagne ?

Si l’on peut vu d’Helvétie tirer une leçon de cette guerre commerciale, c’est bien que nous n’avons aucun espoir à placer dans le bas de gamme. Seuls des vins de grande qualité ont une chance de s’imposer sur le marché par rapport à nos concurrents. Nous sommes condamnés à l’excellence. Car on le sait depuis bien longtemps, le Valais produit les vins de bas de gamme les plus chers du monde… mais aussi les vins de haut de gamme les moins chers du monde.  Il me semble que la paternité de ce saisissant résumé est attribué à Dominique Fornage. Mais quel que soit son auteur, il doit guider notre réflexion en matière d’économie vitivinicole. Et tout le monde ne l’a pas compris, le récent débat sur les AOC nous l’a démontré.

syrahP.S. Quand on voit certaines actions proposées par la grande distribution – avec la complicité de certains producteurs – on mesure toute la difficulté de maintenir une AOC crédible et rentable, même avec des spécialités censées être les fers de lance de notre production. Ci-contre, une Syrah bradée à moins de Fr. 7,50 la bouteille alors que nos stocks sont proches de zéro après 4 ans de faibles récoltes.

 

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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