Vendanges 2016: chez Benoît Dorsaz

Deuxième volet de notre série sur les vendanges 2016. Aujourd’hui, c’est Benoît Dorsaz à Fully qui nous parle de ses vignes – 5 ha en bio – et de ses futurs vins.

« Les vendanges 2016 ? Elles furent longues et relativement peu intenses. C’est la météo qui a voulu ça », résume Benoît Dorsaz, très philosophe. Longue, puisqu’elles ont débuté chez lui le 29 septembre et qu’elles se sont achevées le 3 novembre. Cinq semaines, c’est une de plus qu’une année ordinaire. « Et pourtant, nous n’avons plus de clones de pinot noir précoce qui auraient nécessité de commencer plus tôt », complète l’encaveur.

benoit-dorsaz-3pEn termes de quantité, les vendanges de Benoît Dorsaz ne sont pas complètement représentatives de ce que l’on a pu dire et lire. Alors que beaucoup se réjouissaient d’une production bien supérieure à celle de l’an dernier, l’encavage de Benoît Dorsaz sera à peu près équivalent à celui de 2015. Mais cela s’explique facilement. « Cela fait trois ans que les chasselas sont peu productifs en Valais. Cette année, ils se sont montrés plus généreux. Mais comme je n’ai que très peu de fendant, la différence est négligeable chez moi sur l’ensemble de la récolte », précise le producteur de Fully. Et les spécialités, alors ? « Comme j’ai réglé ma récolte selon mes normes habituelles, 800 grammes au mètre carré en moyenne, cela n’a pas fait de différence avec les années moins productives. » Autrement dit, peu importe que les ceps puisse produire 1,2 kg ou 1,5 kg au mètre, du moment que l’on coupe à 800 grammes…

Une année à champignons
Une seule exception majeure à ce bilan : le merlot qui a souffert plus que d’autres cépages du mildiou. Car le climat de 2016 était propice aux maladies fongiques. D’autant plus que Benoît Dorsaz pratique une viticulture biologique depuis 2013. Mais ce millésime difficile n’instille pas le doute dans l’esprit du vigneron. « Cela ne remet rien en question, bien au contraire. On a atteint un point qui nous oblige à nous poser de nouvelles interrogations. C’est passionnant. Comment produire en bio, des vendanges saines, sans avoir à jeter ce qui ne l’est pas ? Cela va nous encourager à développer notre sens de l’observation, à mieux connaître nos vignes, à réapprendre le métier. »

Benoît Dorsaz ne tarit pas d’éloges par rapport à ses vendangeuses et vendangeurs. Car on l’a compris, il a fallu trier pour n’encaver qu’une récolte de premier ordre. « Tout le monde a fait un boulot formidable. Il y a eu les vignes touchées par le mildiou, ainsi que les gamays abîmés par des guêpes. Pour cela aussi, il va falloir trouver des solutions. C’est motivant, mais ça demande du temps et de l’énergie. »

Et la fameuse drosophile suzukii ? « On a eu quelques dégâts, mais beaucoup moins que ce qu’on pouvait craindre. Il faut relever le travail exemplaire de l’Etat en ce domaine. On a pu constater que la drosophile traditionnelle est beaucoup plus présente que la suzukii. Et on a aussi vu que celle-ci touchait surtout un cépage comme le dunkelfelder (n.d.l.r. Cépage qui vient d’être accepté comme AOC pour les assemblages à la demande de l’IVV). Pour le reste, avec des vignes bien entretenues, on n’a pas trop de soucis à se faire », estime Benoît Dorsaz.

Maturités idéales
La présence d’une équipe de vendangeurs sur place a permis de cueillir les raisins à maturité idéale. « Nous choisissons la date en goûtant le raisin. Et il n’est par rare que nous vendangions des vignes en plusieurs passages. Cette année, ce fut le cas pour l’arvine ou le cornalin, par exemple. » Et même sans réellement s’en préoccuper, les taux de sucre ont suivi : 100°Oechslé pour l’arvine, 95° pour le cornalin, pour ne citer que ces deux cépages emblématiques du Valais… et de la cave Benoît Dorsaz. Et même la syrah, qui a connu une période de blocage de maturité, a finalement pu être récoltée à 95° Oechslé, un peu plus tard que prévu. La patience a donc payé.

Pour le vigneron et encaveur de Fully, le millésime 2016 fera preuve d’une belle fraîcheur. Et les vins ont d’ores et déjà un très beau fruité. «Le cornalin, c’est cerise noire et griotte sans retenue. Et les couleurs sont belles », commente Benoît Dorsaz. Et les arvines ? « Le potentiel aromatique se situe me semble-t-il entre le 2015 et le fantastique 2014. » Et précision utile, chez lui, les vins ont tous finis leurs sucres et devraient donc faire preuve d’une belle tonicité. On se réjouit !

Reste maintenant pour Benoît Dorsaz à récolter les Grains Nobles. Mais eux attendront d’être au sommet de leur potentiel. Patience, une fois de plus !

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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