Paiement de la vendange (2)

Les tarifs pratiqués pour le paiement de la vendange 2016 constituent à n’en point douter un excellent baromètre de l’encépagement. Il faut bien sûr tenir compte de la rareté (ou non) de chaque variété.

Les trois principaux cépages présents en Valais font donc partie du peloton des moins rétribués: le Fendant (3,10 fr) le Gamay (3,20 fr) et le Pinot noir  (3,30 fr).  Mais on constate que parmi les « spécialités » plantées plus ou moins récemment, le Gamaret et le Garanoir, très à la mode depuis le début des années 2000, intègrent sans gloire ce groupe des cépages les moins cotés avec un maigre 3,20 fr. Cela alors que le Diolinoir,  le Carminoir et le Galotta (4 fr) tirent mieux leur épingle du jeu, au même niveau que l’Ancelotta.

L'Ermitage, un très grand cépage, misérablement payé.

L’Ermitage, un très grand cépage, misérablement payé.

Dans le rang des cépages misérablement payés eu égard à leurs qualités, c’est sans conteste l’Ermitage (Marsanne) qui se distingue. Cette spécialité de grande tenue, que d’aucuns à l’image de Dominique Fornage n’hésitent pas à classer au premier rang, est pitoyablement rétribuée (3,80 fr).  On sait bien sûr que ce cépage n’est pas le plus facile à vendre. Riche, puissant, complexe, il ne fait pas partie des vins d’apéros. Mais avouez qu’une telle cote pour un cépage qui fait aussi bien des vins de garde que des grands liquoreux, c’est presque une insulte qu’on lui fait.  Cela dit, il faut savoir que la considération que quelques caves portent encore (heureusement) à ce grand cépage permet de voir ce prix considérablement amélioré, jusqu’à 5 fr le kilo pour une vendange de qualité.

Ce sont sans surprise les deux cépages qui ont fait à l’époque l’objet d’une publicité spécifique qui s’en tirent le mieux. Cornalin et Arvine peuvent rapporter 5,50 fr le kilo. Elles sont suivies de près par le Païen (Heida) et ses 5,30 fr.

Cela dit, les prix mentionnés sont ceux recommandés par la SEVV qui chapeaute la grande majorité des caves achetant de la vendange. Mais sachez aussi qu’elles sont libres de les appliquer. Et sachez surtout que la SEVV a recommandé à ses membres de payer en plusieurs versements, cela afin de pouvoir « ajuster » le prix final en fonction du marché. Autrement dit, de pouvoir payer encore un peu moins que ce que laisse espérer cette tabelle de recommandations si le marché ne se comporte pas aussi bien qu’espéré. Heureusement, il est tout de même quelques caves qui font mieux, à l’image de la maison Gilliard à Sion qui a payé cette semaine l’intégralité de la vendange, à des prix supérieurs à ceux recommandés  par la SEVV. Aux vignerons donc de faire jouer la concurrence…

PS: Je n’ai volontairement pas parlé du scandaleux déclassement d’un partie du Fendant en chasselas romand payé 1,40 fr le kilo. Cela mériterait un gros chapitre pour tenter de comprendre la logique de certains commerces.

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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