Immortels Grains nobles…

Bu chez des amis ce magnifique Tourbillon 1994. Une bouteille d’anthologie qui suscite quelques réflexions.

Souvenez-vous ! 1994, c’est ce millésime « pourri » dû à une année pluvieuse et froide.  Des conditions qui ont eu un grand mérite: favoriser l’apparition de la pourriture noble.  Au vu des résultats probants de nos surmaturés, quelques pionniers, Stéphane Gay en tête, ont eu la bonne idée d’encourager la production de grands surmaturés valaisans. C’est ainsi qu’est née la Charte Grain Noble ConfidenCiel. Depuis plus de 20 ans, ses signataires réalisent de très beaux vins surmaturés dont les meilleurs figurent parmi le gotha mondial. Au début des années 2000, il y avait un véritable engouement pour ces vins de très grande classe. Malheureusement, cet effet de mode s’est depuis estompé et on peut craindre que les producteurs s’épuisent et se lassent. Les premiers signes dans ce sens sont bien réels. Plusieurs producteurs qui figuraient parmi les meilleurs ont quitté la Charte GNC ou songent à le faire. Beaucoup ont réduit considérablement leur production de Grains nobles, la demande en la matière faiblissant.  Bref, le Valais vitivinicole est en passe de laisser partir dans un anonymat regrettable un de ses meilleurs atouts.

Quant on goût ce millésime 1994 de Tourbillon, on regrette amèrement que cela soit le cas. Déguster ce vin, c’est palper une étincelle d’immortalité. En plus de vingt ans de bouteille, le vin a bien sûr changé, mais il n’a pas vieilli. Les arômes se sont complexifiés, les sucres ont tendance à se fondre dans le divin breuvage. L’expérience gustative est fascinante. A l’heure où les petits sucres résiduels (et dans résiduel, il y a résidu) viennent jouer les cache-misère dans de trop nombreux vins qui mériteraient d’être secs, cette tendance à la baisse de cote de nos grands liquoreux est aussi paradoxale que triste. Les professionnels et leurs instances feraient bien de se pencher sur le cas des Grains Nobles, de tenter d’élaborer une véritable politique de promotion de ces vins qui pourraient servir de navire amiral de notre production (ciel! j’allais dire flotte) vitivinicole.

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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