Millésime 2016: chez Didier Joris

Avec la récolte 2016, Didier Joris fête son 40e millésime. C’est en effet en 1976 que le producteur-éleveur de Chamoson a élaboré son premier Fendant issu du terroir de Collombey (Chamoson) où prospèrent désormais de nobles cépages : Païen, Arvine, Syrah, … Que de chemin parcouru depuis par cet oenologue exigeant, converti depuis plus de 10 ans à la viticulture biologique qu’il pratique avec autant de passion qu’il en parle

Un millésime anniversaire, mais aussi une année vitivinicole complexe : quoi de mieux pour tester les vins de Didier Joris et se faire une belle idée de la récolte 2016. Un test qui amènera bien sûr des conclusions difficiles à généraliser, tant l’homme, ses méthodes et ses vins sont atypiques dans le microcosme vitivinicole valaisan. Un seul chiffre pour s’en convaincre : alors que les vendanges ont été plutôt généreuses, chez lui les rendements moyens de ses 3 hectares se sont élevés à … 333 gr au mètre carré et ont donc été inférieurs de 72% à la norme AOC et de 58% aux normes Grand Cru.

Dans la gamme 2016, Didier Joris propose une douzaine de vins. Plusieurs d’entre eux sont déjà épuisés alors qu’ils séjournent encore en barriques au tréfonds de sa cave. Une gamme qui compte un certain nombre de curiosités.

Pour marquer le 40e de sa première vinification, Didier Joris a à nouveau vinifié un Chasselas de Collombey. Mais la parenté doit s’arrêter là. La vigne a été cultivée en bio, et les vendanges effectuées en deux passages : les trois quarts de la récolte ont été cueillis à 76° Oechslé, quatre semaine avant le solde qui avouait alors un généreux 86°. Fermentation en barrique avec du bois neuf pour la première partie et des fûts de 2e passage pour la seconde, le tout assemblé en janvier avec une fin d’élevage en cuve.

Autre particularité de ce vin, il est vendu avec le détail des coûts générés et la justification du prix de vente fixé à 18 francs pour une bouteille de 100 cl. Logique quand on sait que ce vin est baptisé « Au juste prix ». Un fendant pas comme les autres, un vin tout en équilibre, alliant gras et fraîcheur, un élevage parfaitement maîtrisé qui laisse s’exprimer les arômes du Chasselas. A découvrir.

Je ne vais pas passer toute la gamme dans le détail. Mais quand même ! Le Païen (baptisé chez lui Gentil Blanc) et l’Arvine Gringe (élevés en barriques comme toute la gamme) sont d’un très haut niveau, avec une forte présence en bouche, une grande complexité aromatique et une très belle acidité équilibrante. Autre blanc de grande tenue : l’Amigne (baptisée Graves blanc) de Vétroz, récoltée à 103° Oechslé, vinifiée sèche. Un tout grand vin (déjà épuisé) qui fait la part belle aux notes d’écorce de mandarine et de curry.

Côté rouges, Didier Joris propose des monocépages réputés. Un Merlot (Graves rouge), un Cabernet franc et deux Syrahs : des vins frais, concentrés, puissants et complexes. Les deux Syrahs issus de deux terroirs distincts se démarquent clairement l’une de l’autre, tout en finesse et élégance pour la Syrah Pré des Pierres (épuisée), plus en puissance et concentration pour la Syrah Chamosite qui peut clairement revendiquer une parenté avec les grandes Syrahs des Côtes-du-Rhône.

Dans cette gamme de rouge, on découvre deux cépages issus de la recherche de Changins qui surprennent au premier abord : le Galotta (un croisement d’Ancellotta et Gamay) et le Divico, une nouveauté particulièrement résistante aux maladies. «Avec le Divico, c’est du super-bio. Aucun intrant, que ce soit à la vigne ou à la cave», relève Didier Joris. Et comme ce vin a été traités «à la Joris», avec des rendements bien limités et des méthodes viticoles adaptées à ses caractéristiques, le résultat est assez bluffant pour le sceptique que j’étais. Le Galotta a fière allure avec sa puissance, ses arômes marqués de sureau et de cassis, mais sans la dominante végétale trop souvent présente avec ce cépage. Belle surprise aussi avec le Divico (mariage de Gamaret et de Bronner), dont la couleur intense et les tannins ne sont pas les seules qualités. Le fruité intense, sur la myrtille et le sureau, complexifié par une touche de violette laisse un bien joli souvenir au palais.

D’autres surprises existent encore chez Didier Joris. Des assemblages comme l’Ophiochus (Merlot-Cabernet franc – Galotta) ou le Dix Calins (dont il faudra deviner la composition), un Pinot gris muté ou un Païen méthode champenoise assemblé avec un chardonnay doux qu’il faudra attendre puisqu’il est destiné à passer 5 ans sur lies totales. Ou encore un Pinot gris muté du tonnerre de dieu. Ajoutez-y un Vert Jus d’Arvine… Bref, vous n’êtes pas au bout de vos (bonnes) surprises. Rendez-vous à Arvinis (26 avril – 1er mai à Montreux), à la 5e Glorieuse (12 et 13 mai au CERM de Martigny) ou aux Caves ouvertes (25 au 27 mai).

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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