Du gel et de ses remèdes

Plus personne ne l’ignore: le gel a durement frappé nos viticulteurs, mais à des degrés différents. Et si certaines entreprises ont les moyens de faire face à ce coup dur, ce n’est pas le cas de tout le monde, loin de là. J’ai vu quelques larmes, croisé quelques gorges nouées à l’évocation de ces quelques nuits néfastes. Certains s’inquiètent franchement pour leur avenir, et tout le monde cherche des solutions…

Une chose est sûre, parmi les gens les plus durement touchés avec qui j’ai discuté, je n’ai trouvé personne pour se réjouir des interviews données par le président de l’IVV. On ne va pas se plaindre, la profession va se serrer les coudes, a dit en substance le porte-parole. Face à tant de désinvolture, certains ont franchement laissé éclater leur colère sur les réseaux sociaux. « A vomir de rage », s’exclame l’un d’eux… « Comment peut-on être aussi déconnecté des réalités du terrain ?», s’interroge un autre. Et lorsque je demandai à une troisième personne, tout aussi furieuse que désespérée, pourquoi elle n’intervenait pas directement à l’IVV, elle me répondit qu’elle ne voulait pas risquer d’être boycottée par l’équipe dirigeante de l’Interprofession. Un comble pour des gens qui, par les redevances, paient – plutôt bien – des employés qui pourraient purement et simplement oublier leurs vins lorsqu’ils sont égratignés.

Parmi les solutions suggérées de-ci, de-là, il en est une qui me fait souci. Certains réclament le droit de compenser les pertes du gel avec les vendanges des vignes qui n’ont pas été touchées. Et si j’en parle, c’est que cela représente, à mon avis, la pire des solutions. Je bondis, lorsque je lis dans une lettre ouverte publiée dans le NF que le Valais s’accommoderait bien d’une qualité en baisse du moment que la quantité serait à peu près correcte. Car c’est bien là à mon sens le piège à éviter. Si l’on fait passer le message que 2017, en plus d’être un millésime victime du gel, est également un millésime où l’on a fait « pisser » les ceps valides, ce sera le meilleur moyen de faire fuir les acheteurs, même ceux qui sont disposés à aider nos vignerons, à comprendre que les collectivités les soutiennent… Cela entacherait durablement la réputation de nos crus. Les vignerons-encaveurs sérieux ne joueront pas ce jeu dangereux. Et les vignerons, me direz-vous ? Croyez-vous les négociants seront prêts à rétribuer généreusement une récolte de bas de gamme ? Et croyez-vous sérieusement que les acheteurs de la grande distribution seront prêts à payer correctement des vins médiocres ?

Aussi durement touchée soit-elle, la vitiviniculture valaisanne doit faire en sorte que le millésime 2017 soit au moins de bonne qualité. Et que cela soit le fait d’une vendange arrivée à maturité grâce à un travail aussi sérieux qu’à l’ordinaire, plutôt que par des ajouts en tous genres. Avec des rendements exagérés – qui dépasseraient les normes AOC – les producteurs de betteraves seraient bien les seuls à profiter du gel qui a méchamment touché notre canton.

P.S. Evidemment, on espère quand même que l’IVV évitera les incongruités de ces dernières années, soit le déclassement de raisins répondant aux normes AOC. Mais je pense que c’est une évidence…

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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