Des aides, des assouplissements… et des taxes conservées

Le gel de printemps a durement touché de nombreux viticulteurs valaisans. Le manque à gagner sera dur à supporter pour nombre de caves ou d’exploitations. Rien d’étonnant à ce que nos autorités aient décidé de prendre des mesures pour aider tout un secteur économique important mis à mal par dame nature.

Vendredi, l’Etat a communiqué un certain nombre de mesures d’aides… En voici un bref résumé:

« Suite aux importants dégâts liés au gel de ce printemps, de nouvelles mesures de soutien ont été décidées par le Conseil d’Etat. Le Gouvernement propose au Grand Conseil un crédit-cadre de 35.2 millions de francs pour le financement à long terme des infrastructures de lutte contre le gel. Les mesures visant à soutenir les liquidités des entreprises à court terme ont également été renforcées par des cautionnements bancaires via le Centre de compétences financières (CCF SA). Le fonds suisse pour les dégâts non assurables (fondssuisse) a de plus accepté d’entrer en matière pour des indemnisations. »

L’Interprofession (IVV) a également demandé des assouplissements du règlement AOC en utilisant « à titre exceptionnel, toute la latitude offerte par la loi fédérale. »  Autrement dit, les vins valaisans devraient pouvoir être complétés par un coupage, au maximum 10%, d’un autre vin suisse de même catégorie. Quant aux limites de production, elles seront augmentées jusqu’aux normes acceptées sur le plan fédéral (1,2 kg par m2 pour les rouges, 1,4 kg par m2 pour les blancs (sauf pour le petite arvine et le païen 1,2 kilo par m2).

Si l’on peut comprendre la demande, on doit tout de même avouer que cela ne va pas dans le sens de la qualité. Un Cornalin ou une Humagne à 1,2 kg au mètre carré, avec 10% de gamaret  ou de pinot noir de là-bas, ça promet… une belle bibine. On risque bien ainsi de réussir à faire passer une double message catastrophique: 2017, peu de vin, et du moins bon qu’à l’ordinaire. Bravo! Et tout le monde paiera la note, même celles et ceux qui ne transigeront pas avec la qualité, malgré les dégâts dus au gel. Et j’espère qu’ils seront nombreux dans ce cas.

Autre économie potentielle, une baisse des redevances. J’ai croisé de nombreux encaveurs ou vignerons qui auraient souhaité que l’IVV renonce à tout ou partie des taxes qu’elle perçoit auprès de ses membres. On peut comprendre que les gens du comité ne veulent pas perdre les ressources essentiellement dévolues à la promotion de nos vins. Mais on se demande tout de même si le moment n’est pas venu de se poser quelques questions quant au fonctionnement de l’Interprofession. Parmi les gens interrogés, membres et donc cotisants, personne n’a été en mesure de répondre à mes questions basiques. Quel est le budget total de l’IVV ? Quel est la proportion de cette somme dévolue aux frais de fonctionnement ? Quel est le salaire du directeur ? Quel est le salaire du président ? Comment l’efficacité des projets menés est-elle mesurée ? Combien a coûté depuis plusieurs années le soutien à la Berlinale (fête du cinéma de Berlin) ? Combien vient de coûter l’opération menée à New York dans le domaine de l’art (IVV Art Challenge) et quelles en seront les retombées pour nos vins ? …  Les membres de l’IVV devraient avoir accès librement à toutes les réponses à ces interrogations. Si l’IVV était amenée à serrer les cordons de la bourse, ne serait-ce qu’une année pour aider ses membres victimes du gel, on pourrait légitimement poser à haute voix ces questions sans craindre le boycott ou l’anathème… Peut-être aurait-on alors trouvé quelques économies qui n’auraient pas mis en danger ni la qualité de nos vins, ni même la promotion qui pourrait leur être faite.

 

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.

One Response to “Des aides, des assouplissements… et des taxes conservées”

  1. Chantal Balet | 29 juin 2017 at 20 h 44 min #

    Il est vrai qu’entre l’opacité et la tyrannie de la transparence , il y a une marge de progression à exploiter par l’IVV.
    Quant au souci de vision à long terme en vue de garantir la qualité, on ne peut que le soutenir. Le consommateur est de plus en plus exigeant et… versatile. Attention de ne pas lâcher la proie pour l’ombre et perdre le fruit d’années d’efforts pour accroître la qualité de nos vins et la faire reconnaître par les consommateurs.

    Bien cordialement
    Chantal Balet
    avocate conseil

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