Appellations d’origine: le raclette donne l’exemple

Je l’ai déjà écrit dans ces colonnes: l’Interprofession de la vigne et du vin et ses stratèges, spécialistes du profit à court terme, s’ingénient à faire perdre toute crédibilité à notre AOC Valais. On se souvient de la volonté d’édulcorer nos vins au sirop de raisin (le fameux MCR, moût concentré rectifié) et de l’aromatiser aux copeaux de chêne. Des propositions heureusement refusées grâce à la mobilisation de la crème des vignerons-encaveurs* du canton.

Suite au gel de ce printemps, qui a malheureusement causé des dégâts conséquents dans notre vignoble, l’IVV a une nouvelle fois frappé. Malgré l’opposition ferme des représentant(e)s des vignerons-encaveurs, le reste de la profession a donné un nouveau coup de griffe dans notre appellation d’origine en réclamant la possibilité de couper nos vins avec des crus d’autres AOC cantonales. Une demande ratifiée par le Conseil d’Etat pour les crus courants que sont le Fendant (Chasselas), le Pinot noir, le Gamay et les assemblages de Pinot-Gamay, en vins rouges ou en rosés. Les spécialités ont donc échappé aux coupages intercantonaux, mais le mal est fait, notre AOC est désormais à géométrie variable, susceptible d’être modifiée à chaque coup dur, et Dieu sait que la nature peut se montrer inventive en la matière. Le Valais vitivinicole aura donc une réputation de girouette et l’on sait que le consommateur déteste ça.

Mais pourquoi revenir sur ce triste constat ? Ce sont les dirigeants de l’AOP Raclette du Valais qui nous y incitent. Car eux aussi sont frappés par les caprices de la nature, gel et sécheresse. Comme nous l’a révélé un très récent reportage de la RTS, nos paysans craignent un grand manque de fourrage pour alimenter leurs vaches à leur retour des alpages. Et l’on sait – ou pas encore – que pour avoir droit à l’Appellation d’origine protégée, nos fromages doivent être issus de lait valaisan. Et pour mériter ce titre, les vaches doivent avoir brouté de l’herbage bien de chez nous, au minimum à hauteur de 75%. Pourtant, contrairement à l’IVV, l’Interprofession raclette ne fera aucune dérogation à la règle. Une question de crédibilité qui est tout à leur honneur. Il y aura donc fort probablement moins de fromage à raclette AOP Valais cet hiver. Mais ce label de provenance et de qualité gardera tout son sens. Bravo messieurs. Et que les habiles négociants de l’IVV prennent exemple sur vous.

* Terme générique valable aussi pour les femmes. 

 

About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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