Spécialité bradée

Une Humagne rouge vendue… 7.99 fr la bouteille. Une fois de plus, un négociant se distingue avec une action ridicule. On le sait, s’il est un cépage qui nécessite de faibles rendements, c’est bien l’humagne rouge, une variété qui peine à « faire » des sucres.  Alors, comment faire pour produire… et vendre à ce prix un de nos cépages qui fait la fierté du Valais ? La première condition pour le négociant, c’est de ne pas payer les prix recommandés par sa propre organisation faîtière (SEVV). A 5 fr le kilo de raisin, il est fort improbable de pouvoir vendre la bouteille à ce prix. C’est dire que ce prix de ce raisin, lié à un plancher de 89,2° Oechslé, ne devait pas briller par sa teneur en sucre naturel. Mais comme le kilo de sucre de betterave est moins cher que le vin (au détail, 1 fr par kilo au Shop de la Migros), le producteur aura sûrement intérêt à l’utiliser jusqu’aux limites autorisées, ce qui pourra apporter à cette « humagne » une rondeur apte à masquer la verdeur végétale de la bibine d’origine… Rajoutez l’incorporation au jus initial de 15% d’un autre vin rouge AOC (un pinot de faible qualité est bien moins cher encore), un habillage de bas de gamme (ici, une capsule à vis) et le tour est joué.

J’ai déjà eu l’occasion de le dire et de l’écrire. En bradant les spécialités qui sont censées générer de la marge, les négociants causent du tort à toute la profession. Je suis persuadé que celui ou celle qui goûtera à ce breuvage ne restera pas un fan inconditionnel (doux euphémisme) de ce cépage, et qu’il l’évitera soigneusement lorsqu’il le rencontrera sur une carte de vins. Et cela causera du tort à tous ses collègues…

Et pourtant, bien fait, par des gens consciencieux et amoureux du vin, l’humagne rouge permet d’élaborer un cru magnifique. On en goûtait pas souvent de très bons autrefois. Mais depuis deux décennies, grâce aussi à des manifestation comme « Humagnes en fête » à Leytron, le Valais a démontré qu’il avait dans son jeu une spécialité originale et tout à fait délicieuse, lorsque le raisin est arrivé à maturité.

Une remarque pour terminer. Dans le même catalogue, une bouteille de chasselas d’Yvorne (vendue par une cave avec raison sociale en Valais) est vendue 12,99 fr. Cherchez l’erreur !

 

Tags:

About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
No comments yet.

Laisser un commentaire