L’IVV applaudit: on n’est pas surpris

L’IVV (interprofession de la vigne et du vin) – ou en tout cas son président – applaudit l’acceptation du postulat visant à permettre un surplus de production lorsque l’année précédente a été de faible rendement.  On n’est pas surpris, évidemment, puisqu’on sait qu’à l’IVV, quelques grands négoces ont pris le pouvoir et que les vignerons-encaveurs, tenants d’une ligne plus qualitative qu’uniquement mercantile, sont régulièrement minorisés.  Pour mesurer leurs arguments, voir l’article du Nouvelliste.

 

Vous l’aurez remarqué. Les atteintes à la qualité inhérentes à une augmentation des normes de production n’est que peu ou pas évoquée par le représentant de l’Interprofession. Pourtant, si l’on autorise un 20% supplémentaire, nos vignerons pourraient produire jusqu’à 1,44 kg au mètre carré de nos meilleures spécialités, Petite arvine ou Cornalin en tête. On ne se réjouit pas de goûter ces vins qui seront tout juste bons à alimenter des actions en grande distribution dont nos « grandes » caves ont le secret.

« Géniale » idée par contre d’évoquer, voire de revendiquer un reclassement d’une récolte dont on a imposé le déclassement quelques mois plutôt au grand dam des vignerons et vignerons-encaveurs, grands cocus de l’opération. Certes, le président de l’IVV ne mentionne aucune volonté de payer aux producteurs la somme dont ils furent spoliés.

Je le répète, ce postulat adopté par le Grand Conseil est une imposture. Les grands économistes à la tête des négoces valaisans revendiquent sans vergogne un libre marché, cette fois avec l’appui d’un jeune éditorialiste du Nouvelliste issu du même tonneau. Autrement dit, ces négociants ne veulent plus de règles. Ils souhaitent avoir les coudées franches pour faire tout et n’importe quoi avec leurs vins. Ils peuvent déjà le faire – et le font gaîment avec certains produits de 2e ou 3e catégorie – mais ils aimeraient bénéficier en sus de ce qui reste de notoriété à cette AOC Valais qu’ils cherchent à « assouplir » depuis des mois.

Si cela devait se faire – mais j’en doute, car j’ai confiance dans la jugeote de notre Conseil d’Etat – je parie qu’on vivrait rapidement des situations cocasses. Imaginons une récolte 2018 avec augmentation des quotas. Puis un millésime 2019 naturellement généreux. Cela devrait largement suffire à reconstituer des stocks aptes à casser le marché (une spécialité de nos grands professionnels). D’autant plus que si on les croit, ils auront perdu avec le faible millésime 2017 de nombreuses parts de marché difficiles à récupérer . Si ce scénario devait se vérifier, on verrait alors nos grands libéraux pleurer dans les gilets empesés de nos députés pour qu’ils leur votent une aide pécuniaire de la plus grande urgence.

 

 

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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