La bible à José, version suisse

J’ai le vif plaisir de tenir en mains le nouvel ouvrage de José Vouillamoz. Ceux qui le connaissent ne seront pas surpris que ce livre de 160 pages traite des cépages, de leur histoire, de leur origine. Et cette fois, le biologiste, ampélographe et généticien de la vigne cible en particulier les cépages présents dans le vignoble helvétique. Et le travail ne manque pas puisque notre vignoble nain (en comparaison internationale) de 15 000 hectares est planté de plus de 250 cépages dont 80 peuvent être considérés comme indigènes.

José Vouillamoz, un généticien qui sait mettre la main à la pâte.

Après une première partie qui pose le cadre avec la liste des cépages, la surface qui leur est consacrée et quelques définitions de base qui permettent de mieux cerner le propos, José Vouillamoz traite dans le détail d’une grosse vingtaine de « cépages patrimoniaux ». Il fait ensuite de même avec les principaux croisements nés ces dernières décennies grâce à la recherche. Un troisième chapitre plus sommaire est consacré aux « hybrides », aux noms souvent inconnus en dehors du cercle fermé des spécialistes.

Ce sont évidemment les cépages que José Vouillamoz qualifie de patrimoniaux qui ont surtout retenu mon attention. L’auteur en donne un descriptif lapidaire ainsi que les synonymes. Puis il développe l’origine historico-génétique de chacun d’eux. C’est là sa spécialité et le travail est évidemment précis, complet, passionnant pour un amateur de vin qui veut en savoir plus sur ce qu’il goûte avec tant de plaisir.

Mais José Vouillamoz ne se cantonne pas à l’irréfutable. Il nous rappelle que l’homme de science est aussi un passionné de dégustation. Il ajoute donc dans ce chapitre une section consacrée aux vins issus de ces cépages patrimoniaux. Il cite les principales caractéristiques des crus. Et il se lance dans un périlleux exercice en citant des producteurs de référence pour les diverses variétés. Périlleux et donc courageux, car on sait que la publication d’un tel « palmarès » fait beaucoup de déçus pour quelques heureux. Et cela, même si on peut deviner un certain « oeno-oecuménisme »  qui débouche sur un savant équilibre entre les « familles » qui cohabitent dans la vitiviniculture helvétique.

Chacun se fera sa propre idée de la pertinence – ou de l’impertinence – des choix proposés par José Vouillamoz. La dégustation n’étant de loin pas une science exacte, je m’abstiendrai de dire qu’à mon sens, ici l’auteur à raison, alors que là, il a tort. Mais globalement, en termes de dégustation, les choix de l’auteur me semblent très  judicieux. Et bien sûr, je n’ai aucune compétence qui me permettrait de juger la partie scientifique. Je me contente d’apprendre grâce à son travail aussi vaste que précis. Je suis admiratif, sauf quand il oppose vérité scientifique et vérité marketing. Je comprends son point de vue, mais pour moi, le Cornalin valaisan restera du Cornalin et ne deviendra pas de sitôt du Rouge du pays. D’abord par ce que cette appellation, si elle est appropriée pour la plante, me fait trop penser au « Gros rouge qui tache » pour être apposée sur une bouteille. Ensuite, parce que trop de moyens marketing ont été investis pour faire connaître l’appellation Cornalin pour qu’on jette tout ça dans les poubelles de l’histoire et qu’on reparte à zéro avec une appellation peu évocative. Rouge ? Quel rouge ? Du pays ? Quel pays ?

Mais José Vouillamoz me pardonnera ce petit désaccord qui ne date pas d’aujourd’hui. Il n’empêchera aucun amateur de vin de se précipiter chez un bon libraire pour acquérir cet ouvrage paru aux éditions Favre.  Ce que je recommande évidemment de faire sans délai.

Cépages suisses – Histoire et origines, José Vouillamoz, Editions Favre, Lausanne, 2017

 

 

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About Paul Vetter

Journaliste professionnel, Paul Vetter a longtemps travaillé comme spécialiste vin et viticulture pour des médias valaisans. Ayant décidé de se consacrer à d'autres activités, il continue à suivre attentivement les vins du Valais et la politique vitivinicole menée dans le canton. Il vous rend en compte en toute liberté.
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