Pénurie de vins ou spéculation ?

« Le monde risque d’aller vers une pénurie de vin. «   La nouvelle a largement été reprise par les médias cette semaine, avec son lot de commentaires alarmistes. On en est presque venu à conseiller de faire des stocks  pour parer à cette sécheresse annoncée. Certains ont déjà prédit une hausse massive des prix…

Si vous n’avez lu qu’un seul roman policier, vous devez connaître la question à se poser… « A qui profite le crime? » m’interrogeai-je. Et là, guère de doute, puisque l’annonce de cette pénurie émane d’une banque. Et par n’importe laquelle puisqu’il s’agit de la banque américaine Morgan Stanley. Tiens, le vin, un nouveau produit financier prometteur en termes de spéculation.

Un peu plus de 6 dl par mètre carré, cette année en Suisse.

2012, une petite récolte qui suscite des craintes…

Les banquiers américains se sont basés sur les chiffres de 2012, une petite récolte au niveau mondial. Baisse régulière des capacités de production en Europe, météo difficile, accroissement de la demande dans les pays émergents: les causes de la future pénurie sont multiples.

Mais on le sait, les banquiers ont souvent la vue courte. Ils ne se sont pas intéressés à la récolte 2013. L’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) l’a fait, elle. Et le constat n’est pas tout à fait pareil à celui des rapaces de Morgan Stanley. «En 2013, la récolte au niveau mondial a été importante grâce aussi à la progression de la productivité des vignobles».  Tiens, tiens !  Moins de vignes (en Europe en tout cas), mais plus productives… Voilà qui change des propos alarmistes des gens de chez Morgan Stanley.

Quelques chiffres par rapport à 2012: Espagne (+43%); France et Portugal (+ 7%); Roumanie (+79%); Argentine (+27%)… Et l’OIV annonce des récoltes record en Nouvelle Zélande ou au Chili, et de très fortes hausses aux Etat-Unis ou en Australie (par rapport à 2012).

Alors, bien sûr, la demande se renforce grâce aux pays émergents, la faible production de 2012 aura encore quelques effets cette année. Mais on est loin de la pénurie annoncée. Faudra peut-être encore attendre un peu pour faire du vin un produit de spéculation très rentable comme le blé ou le maïs…

Pour en savoir plus: d’abord l’article alarmiste d’un quotidien romand suscité par les prévisions de la banque américaine.

Pour en savoir plus: ensuite le rapport de l’OIV sur les prévisions de récolte 2013.

PS. Chez nous, 2013 constitue une récolte historiquement faible. Mais la réévaluation du prix du raisin ne semble pas encore d’une grande actualité.

PS (bis). J’ai croisé l’autre jour un vigneron-encaveur qui m’a appris qu’il renonçait cette année à encaver sont propre vin. Ses stocks étant largement suffisant pour l’obliger à faire une année blanche, il a choisi de vendre son raisin à des négociants. Significatif des difficultés de la branche !

 

About Paul Vetter

Paul Vetter, journaliste spécialisé dans le domaine vitivinicole pour la chaîne de télévision valaisanne Canal9. Ce blog n'engage cependant pas la chaîne.
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